Une lettre d’un ancien frère de St Jean

Un ancien frère de Saint Jean
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Madame Philippe,

j’ai pris connaissance de votre dossier qui représente un énorme travail et je vous en remercie. J’ai bien connu, fréquenté et étudié l’enseignement du père Marie-Dominique Philippe ayant été membre de la congrégation Saint Jean.

Les témoignages des personnes qui l’ont accusé doivent être respectés ainsi que les personnes elles-mêmes.

cependant un témoignage aussi crédible qu’il soit, en toute rigueur intellectuelle ne peut constituer seul une forme de vérité sans enquête approfondie et débat contradictoire.

Hors , depuis le début de ce qui ressemble de plus en plus à une lapidation sous sa forme contemporaine, une lapidation médiatique, je n’ai connaissance d’aucune enquête sérieuse, d’aucun débat contradictoire.

La campagne d’information initiale des frères de Saint Jean a donné le ton car en informant sur l’existence de lettres qui accusaient le père Marie-Dominique Philippe de gestes déplacés, le contenu des témoignages sont passés pour le grand public du statut de témoignages à celui de vérités confirmées.

Ce choix d’initier la lapidation médiatique du père fondateur de la congrégation Saint Jean, vous me le confirmer par la précision de votre dossier a été faite sans autre justification sans doute que celle qui m’avait été donnée à l’époque par mon supérieur: » si tu les avais lu, tu serais toi aussi persuadé de leur vérité! » .

De ce fait comme dans beaucoup d’autres cas de révélations immédiates, grand public de l’existence d’accusations, la présomption d’innocence en justice n’a pas été honorée et sans enquête, sans procès, sans débat contradictoire, le père Philippe est passé par l’exposition médiatique, d’accusé, à condamné. Ceci n’est pas acceptable pour quiconque défend le fondement de la justice dans la présomption d’innocence. Ceci est encore moins compréhensible de la part d’hommes d’Eglise qui devraient savoir de l’enseignement d’un grand théologien de l’Eglise , Saint Thomas d’Aquin, que la présomption de bien, est la première attitude de la charité.

Le documentaire passé sur Arte, relayé par d’autres émissions sur des chaînes de télévision, m’a comme tout un chacun d’abord ébranlé, parce que naturellement les témoignages de personnes qui se présentent comme victimes provoquent l’empathie. Mais là encore si on prend un peu de recul, il est aisé de voir que le récit n’est pas journalistique si l’éthique journalistique est d’informer sans prendre parti. Le parti pris initial et omniprésent est assez énorme, il tient en une idée souvent suggérée tout au long du documentaire « l’Eglise est une structure organisée pour permettre l’abus de pouvoir des clercs et en particulier l’utilisation sexuelle des femmes ». A partir de cet a priori, le documentaire est construit uniquement comme une succession de témoignages à charge, sans aucun débat contradictoire. Il devrait donc avoir comme unique statut l’expression d’un parti pris et d’un témoignage à charge qui appelle sa partie complémentaire, la parole de la défense des accusés. Mais cette réponse ne viendra jamais sous la même forme tant oser prendre la parole pour dire simplement : »ce n’est peut être pas si simple et si vrai ? » est un acte qui vous rend immédiatement coupable de complicité avec ceux qui sont condamnés sans procès et dont l’image est cependant définitivement dégradée dans l’opinion publique.

Tout cela est triste, et constitue un manque à la justice élémentaire et pour des chrétiens un manque à la présomption de bien qui est le commencement de la charité. Il faut souligner que la présomption de bien qui doit s’appliquer aussi aux victimes supposées, est différente d’une présomption de vrai. C’est un devoir d’entendre les plaignants avec attention et respect, un devoir d’enquêter avec sérieux. Mais la présomption de Bien n’est par une présomption de vrai, ce n’est pas un devoir de considérer , sans autre enquête, sans une parole possible donnée aux accusés, le contenu de ces témoignages comme la pleine expression de la vérité.

LA PERVERSITE D’UN ENSEIGNEMENT :

Le deuxième lieu commun de toutes les accusations est le lien établi entre une soi-disant théorie philosophico-théologico-mystico délirante et les manquement supposés à la chasteté non seulement des pères Thomas et Marie-Dominique Philippe eux-mêmes, mais de l’ensemble des actes indécents et répréhensibles perpétrés par des frères de Saint Jean.

J’ai eu connaissance durant mes années passées au sein de la congrégation saint Jean de plusieurs situations où des frères étaient accusés d’actes contre la chasteté.

Devais je considéré que ces frères étaient à leur tour les victimes d’un enseignement si pernicieux qu’il était capable de transformer l’honnête homme en bête sexuelle sans limite ? Si des frères ont manqué à la chasteté c’est de leur propre responsabilité et c’est l’écho de leurs propres limites. Il n’est pas décent de se décharger sur un autre de sa propre faute.

Pour ma part j’ai été passionné par cet enseignement et en particulier celui de philosophie éthique qui reprenait dans ses grandes lignes l’enseignement d’Aristote. je donne ici l’expérience de nombreuses heures d’écoute et d’étude de cet enseignement tant dans les cours d’éthique que dans les enseignements sur la théologie morale , les conférences spirituelles et du noviciat: je n’ai jamais entendu ou lu à ce propos une seule incitation à laisser aller son désir passionnel, une seule justification mystique de manques à la chasteté.

A tous ceux qui en parlent je demande simplement:  » Avez-vous vraiment lu quelque chose de cet enseignement car cela ne paraît pas immédiatement à la lecture de vos propos ? ».

Je regrette en particulier, vivement que toutes les interventions sur cette question ne citent jamais le père Marie-Dominique Philippe, mais parlent à sa place. J’attends de ceux qui ont ainsi pris la parole de manière inconsidérée que maintenant ils apportent les justifications à leurs allégations en les tirant d’une étude sérieuse, complète de son enseignement et en le citant lui.

Voici mon témoignage, je le fais sans polémique, dans un souci de vérité et de justice. Je ne condamne personne, je m’inscris dans une démarche de débat contradictoire apaisé et respectueuse des fondements de la justice minimum qu’est le droit à un procès équitable.

Par respect autant pour les personnes qui accusent que pour la personne du père Marie-Dominique Philippe engageons nous dans un véritable procès canonique s’il est encore possible pour une personne décédée.

Je vous remercie chère madame, encore une fois pour votre courage, et je reste à votre disposition .

Un ancien frère de Saint Jean.

2 commentaires sur “Une lettre d’un ancien frère de St Jean

  1. Effectivement après un tel lynchage massif et grossier attaquant tout à la fois la vie , l’oeuvre et la pensée considérables de religieux et d’un laic décédés , je crois qu’il est trop tard pour une procédure canonique équitable . Cela supposerait une vraie recherche de justice sans parler de Charité …..Cela supposerait de faire le procès de l’exécution publique et sommaire . Un procès du « procès »……

    J’ai très peu connu le père Thomas si ce n’est à travers de nombreux frères de la Cté St Jean passés par l’Arche , tous marqués par le père Thomas , desquels émanait souvent une grande bonté .
    Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois dans le petit prieuré de Cenves pauvre et simple où nous étions avec quelques frères dans les monts du Beaujolais dans les années 80 . Le père Thomas est venu nous voir et nous pouvions le rencontrer pour parler ou nous confesser . Il était courbé et marchait péniblement ………….;
    Il ne m’a pas fait de grand discours mais s’est contenté de quelques mots si justes et si simples dont je me souviens encore , « es tu heureux ? » ; De la part de ce vieux religieux fatigué cette question manifestant sa sollicitude me touche encore longtemps après .
    Certaines accusations et condamnations publiques sommaires aujourd’hui très longtemps après sont obscènes . Dieu jugera en Vérité les accusateurs et les accusés

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    1. Outrée…..
      Une injure aux victimes.
      Un crachat de la part de cette si belle communauté dont le fondateur a appuyé ses reflexions et sa mystique dans un joyeux meli melo de gestes concrets (attouchements dans les zones erogenes, au nom de l’amour de Dieu)
      Vous pointez habilement du doigt les vices de forme. Les paradoxes, et conserves les témoignages en choisissant les passages qui appuient votre parti pris.
      Si vivre dans une communauté religieuse, c’est recevoir régulièrement des gestes abusifs du prieur (justifiés : « vous avez besoin de cela » « c’est Dieu qui vous envoie cette surrabondance d’amour »)
      Jouer sur les notions de consentement, quand sur qqs temoignages de victimes sous emprise, le but du prédateur est justement qu’elles soient sous sa botte, dependantes du manipulateur en question.

      Je ne nie pas le fait que cette communauté, comme celle de l’Arche ait egalement fait du bien, beaucoup de bien. Mais viciée par des dirigeants, refoulant l’aspect psychologique de la personne, mysticisant l’affect, embrassant par surprise la jeune fille sur la bouche (detail la langue voilà) et lui sommant de l’appeler papa.
      Depuis quand, un prieur reconnu en charge de jeunes adultes , a eu le temps de faire des ravages, manipulant à sa guise et maintenant les vicitimes à sa merci. Drôle d’accompagnement.
      Je sortais d’un bac avec une chaleureuse mention. Ca allait plus pas mal. J’etais en recherche. A partir du moment où il a trouvé la faille, il a tout saboté.
      Recevoir des insultes en evoquant cela alors qu’il était à l’époque impensable pour moi d’etre non seulement victime d’attouchements sexuels mais aussi d’emprise spirituelle et mentale, sous l’oeil complice du père Marie Do, et apres 10 ans de combat, ce « prêtre » qui n’est manifestement pas le seul de la communauté à utiliser des gestes d’amoureux pour exprimer une mystique nebuleuse, a été défroqué suite au jugement de la CDF. A eu le culot de faire appel, et recevoir un jugement plus severe, retour total et definitif à l’état laïc avec manifestement la possibilité de se voir econduit par la communauté.
      Je ne demande pas à cette communauté la perfection. Je demande une reconnaissance humble d’un passé lourd et de faits sordides qui ont fait, croyez moi, bien des victimes.
      C’est en l’assumant que vous retrouverez un peu de crédibilité, en l’assumant et en assurant aux victimes un soutien fort.
      En niant leur statut de victimes, la pertinence de leurs témoignages, vous ne les aidez pas. Et n’aidez pas la cté non plus dans son chemin vers la vérité.
      Je recois ces lignes comme un crachat dans la figure, pensant a chaque victime…

      —- réponse —-
      Madame, nous ne parlons que ce que nous connaissons. Vous faites état d’attouchements et d’abus d’un frère de St Jean. Jusqu’ici je peux vous suivre dans votre soif de vérité et de justice. Là où il y a un problème, c’est cette affirmation sans preuve quand vous dites que c’est sous  » l’oeil complice du père Marie Do » . Cela conforme ma position quand je dis que les fondateurs sont devenus les boucs émissaires de tous les problèmes des communautés. MP

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