« Balance » ton frère prêtre !

Comment ne pas vouloir mettre fin aux scandales qui minent régulièrement l’Eglise ? Il faut  bien sûr que cessent les actes criminels de pédophilie et les manquements aux vœux de chasteté des prêtres et religieux ! Ce qui a été mis en place récemment par l’Eglise en France et par le Pape devrait être bénéfique. Mais le « tir à vue » que l’on constate aujourd’hui contre les prêtres est inquiétant. Il fut toujours l’œuvre des « bouffeurs de curés ». Mais, fait nouveau, c’est devenu un vrai sport dans l’Eglise elle-même. C’est à qui sera le plus réactif. Tel évêque renvoi un prêtre dans les 24 h qui suivent le simple dépôt d’une plainte. Tel autre s’empresse de faire un communiqué de presse en jurant qu’il « ne tolèrera rien » et qu’il « ne cachera rien »  car il ne veut surtout pas finir au pilori comme Mgr Barbarin ! La presse catholique n’est pas en reste et ne veut surtout pas louper une « affaire ». Pourtant deux jeunes prêtres français se sont suicidés à quelques semaines d’intervalles en 2018 à la suite de suspicions.

Le 18 juin,  Mgr Cattenoz évêque d’Avignon  a fait la dénonciation d’un père de St Jean (le  P Rouvillois) au Procureur de la République qui, lui, a déclaré que ces faits sont « anciens et qu’ils concernent des personnes majeures fréquentant la communauté ».  La communauté St Jean, sans doute à la suite des investigations de sa « commission sos-abus » l’aurait donc dénoncé à Mgr Cattenoz  en précisant qu’il s’agissait de cas « d’accompagnement de femmes majeures », et qu’aucune plainte pour abus sexuels n’avait  été reçue.  Mgr Cattenoz s’empresse toutefois de faire un communiqué de presse où il affirme avoir fait son «  devoir légal de signalement ». Il dit qu’en faisant  « appel à la responsabilité de tout un chacun et prévu par la Loi pénale française, j’ai déposé un dossier auprès de Monsieur le Procureur de la République d’AVIGNON à telles fins que de droit selon son pouvoir d’appréciation et d’opportunité sur le caractère infractionnel de ces faits » [1]

On peut légitimement s’interroger sur l’opportunité de cette « information » faite par l’évêque d’Avignon qui semble ne pas vouloir lui-même discerner la nature des faits quand il  « dénonce  »  ce prêtre  alors  :

1/  que visiblement,  il n’a pas eu la connaissance lui même d’un acte criminel avéré ou possible  et  qu’il n’a reçu « aucune plainte » des victimes présumées

2/  qu’il n’y a pas de  “caractère d’urgence”,

3/ qu’il invoque inutilement le « légal » avec « les instructions de Rome »,

4/ que les accusations contre son prêtre sont « indirectes » et qu’aucun mineur n’est en cause,

5/ et surtout qu’il n’avait aucune obligation de faire un communiqué de presse pour donner une large publicité à cette « affaire » et donc jeter un opprobre sur ce prêtre !

Il est enfin à craindre qu’un éventuel « classement sans suite » de l’affaire dans quelques mois ne fasse pas la même notoriété que la dénonciation et ne suffise pas pour rétablir ce prêtre dans sa fonction et sa crédibilité dans un nouveau ministère.

Certes le motu proprio « VOS ESTIS LUX MUNDI » du pape en date du 7 mai 2019 [2] fait obligation à l’évêque de dénoncer les « abus sexuels ». Mais cela doit se faire dans des conditions très précises. Il concerne les actes criminels (c’est-à-dire relevant le plus souvent d’une Cour d’Assises pour ce qui est du droit Français) comme des actes de pédophilie, pédopornographie ou de viol (art 1) . Il doit se faire après enquête, selon les règles de droits (art 3) et  doit être couvert par le secret ou au moins par “la stricte confidentialité au sens du CDC canon 471” (art 2.2). Ce qui exclut donc les publicités qui seraient faites par les autorités cléricales par voie de presse ou autre…  (interviews, communiqué, internet, etc…)

Enfin il faut rappeler que selon le canon 1717, l’évêque doit faire « une enquête prudente » et doit « veiller à ce que cette enquête ne compromette la réputation de quiconque » ! L’application à tout va d’un « principe de précaution » mal compris n’est donc pas demandée par l’Eglise qui ne souhaite pas s’affranchir des règles élémentaires de droit.

Dans ces matières difficiles il ne faut pas hésiter à inviter les hommes d’Eglise à se placer sur le terrain des règles du droit, et de faire preuve de discernement et d’analyse. Une attitude de «bienveillance» , de compassion et d’écoute à l’égard des victimes présumées ne suffit pas et n’autorise pas de s’affranchir de la justice.

On ne peut que recommander aux clercs en charge de responsabilités, la lecture de l’article de l’Abbé Bernard du Puy-Montbrun, (Doyen émérite de la Faculté de droit canonique , Docteur en droit canonique) : «Agressions sexuelles : que les évêques appliquent  le droit canonique »[3] qui ne manque pas de conclure que « c’est ce que demande le bon sens des normes canoniques et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi contre la peur ambiante et mortifère amenant les évêques à «se substituer aux victimes», qui ne sont pas toujours de véritables victimes, malgré les apparences émotionnelles.

Rappelons enfin qu’en France, entre 2017 et 2018, 211 victimes se sont manifestées au niveau national, et 75 cas, en majorité des faits commis avant 2000, ont fait l’objet d’un signalement auprès du procureur compétent. Sur la même période, 129 clercs, prêtres et diacres, ont été mis en cause, c’est-à-dire visés par un témoignage, selon le rapport de l’Eglise catholique, Lutter contre la pédophilie. Sur cette même période, 10 “seulement” ont été mis en examen.[4]  10 sur 129, cela fait moins de 8 % de mises en examen et encore moins in fine de possibles condamnations. Même si on prend en compte des classements du fait de la prescription, ce faible taux de plaintes sérieuses nous donne une idée de la facilité avec laquelle une dénonciation peut être faite dans le climat actuel …

Marie Philippe (28 Novembre 2019)                                PDF de l’article

[1] Sans doute fait-il allusion à travers cette « explication juridique » à l’Article 434-1 du code pénal  qui condamne  » Le fait, pour quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Sont exceptés des dispositions qui précèdent, sauf en ce qui concerne les crimes commis sur les mineurs :

1° Les parents en ligne directe et leurs conjoints, ainsi que les frères et soeurs et leurs conjoints, de l’auteur ou du complice du crime ;

2° Le conjoint de l’auteur ou du complice du crime, ou la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui.

Sont également exceptées des dispositions du premier alinéa les personnes astreintes au secret dans les conditions prévues par l’article 226-13.

[2] http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/motu_proprio/documents/papa-francesco-motu-proprio-20190507_vos-estis-lux-mundi.html

[3] https://srp-presse.fr/wp-content/uploads/2019/01/srp_canonique.pdf

[4] https://www.bfmtv.com/police-justice/abus-sexuels-dans-l-eglise-a-paris-trois-signalements-a-la-justice-depuis-septembre-1814032.html

Analyse du rapport de la “Commission sos abus” de St Jean

Ce rapport (qui est public) est important dans ce dossier car le gouvernement des frères de st Jean s’appuie sur celui-ci pour justifier les dernières condamnations du père Marie-Dominique Philippe. Il fait un “constat des cas traités” à propos des abus commis par des frères de St Jean et veut en analyser les causes. 27 frères sont concernés. Ce chiffre est élevé et à juste titre préoccupant pour une communauté religieuse composée essentiellement de prêtres. Les victimes sont, elles, en droit d’être écoutées et de demander des correctifs sérieux . Mais la défense des victimes ne doit pas se
faire sur des contre-vérités ou des dénis de réalité qui ne peuvent pas conduire à approcher de la vérité et donc qui ne contribuent pas à leur reconstruction.
Cette commission s’apparente à une juridiction interne puisqu’elle “instruit” les plaintes, entend les auteurs des abus et propose des sanctions pénales au Prieur. Ce n’est pourtant pas une instance prévue par le droit canon et des questions se posent :

  • Les auditions sont-elles contradictoires ?
  • Ont- elles une valeur canonique ?
  • Il y a-t-il eu des confrontations entre les plaignantes et les prévenus ?

Aucune précision ou garantie n’est donnée sur les procédures en place et sur le sort des dossiers individuels traités par cette commission…
Il y a toutefois une petite statistique qui nous interpelle : 77 % des cas se situent après 2001 (p5). Rappelons que le Père MDP est mort en 2006 à l’âge de 94 ans et n’avait donc plus aucune responsabilité de gouvernement depuis 2001. Donc seul 23% des 32 “cas” de 27 frères pourraient relever de la responsabilité du p MDP. Notons aussi que le nombre de frères étant en décroissance depuis 2001, la proportion relative des frères ayant commis des d’abus après 2001 serait plus importante.
Aussi en toute logique, la grande majorité des abus commis par les frères dont il est question ne devrait donc pas être imputable au gouvernement passé du p. MDP. Pourtant le rapport pointe surtout le père Philippe qui est devenu le bouc-émissaire de toutes les perversités tant homosexuelles qu’hétérosexuelles de certains frères de cette communauté.
Il frappant de voir à la lecture de ce rapport, les nombreuses affirmations péremptoires rapportées en l’état sans la moindre distance et prudence quand il s’agit d’accusations contre le p MDP. Les faits et chiffres avancés ne permettent pas en fait de se rendre compte vraiment de la situation. Par exemple, au fil de la lecture des verbatims, on ne sait pas s’il s’agit de témoignages de victimes ou bien de “témoignages” de frères. Quand un abuseur présumé parle, il faudrait dans ce cas parler d’aveux ou bien de dénégation. Ainsi le rapport ne donne pas la proportion de frères ayant avoué tout ou partie
des faits reprochés par la victime et des frères ayant niés en bloc. Des frères avouant des faits peuvent chercher à se justifier et donc rejeter une partie de la responsabilité de leurs actes sur des hésitations, des “silences” ou des actes de miséricorde incompris ou trop fréquents du p MDP. Car dans tout tribunal , il est constant de voir la plupart des prévenus face à leurs juges, rechercher “naturellement” à minimiser leurs actes et à faire porter une part de leur responsabilité sur des “initiateurs” dans le but
de faire endosser par d’autres une responsabilité et ainsi tenter de diminuer la rigueur de leurs futures peines. La commission s’étonne pourtant de voir les auteurs dire avoir été guidés par la “bonne intention”, “l’amitié”, et par la justification (invérifiable !) des actes en question “qu’aurait fait le p. MDP” de son vivant à toute une chaîne hiérarchique d’abuseurs …

Aucun terme au mode conditionnel n’est employé dans le rapport où tout est défini comme “crédible” avec des propos vagues comme : « Une victime qui parle à d’autres victimes a dit que… »ou bien “nous avons entendu parlé de tentations et des tentatives de suicides”.
Aussi les accusations contre le père Philippe “tombent” comme une évidence :

● “Un formateur qui embrassait un frère sur la bouche à été confirmé par le p MDP”
● “Un frère à mis un mot SOS au père Philippe” qui n’aurait donc pas de réponse (?)
● Le père à dit a deux femmes victimes d’un frère “de prier et faire miséricorde”
● Le père à dit à un frère abuseur “oui si vous y trouvez votre repos et si cela peut être discret “
● Ou bien “deux frères ont témoigné de gestes contre la chasteté du père MD Philippe à leur égard. Un frère nous a dit que le pere Philippe l’avait embrassé sur la bouche et un autre qu’il avait pris sa main pour lui faire toucher son sexe par dessus l’habit “ (p10) . On peut s’étonner légitimement de cette “nouveauté” ! Cette accusation d’homosexualité (donc de bi-sexualité) du MDP est grotesque et décrédibilise la totalité du “rapport” . Rappelons qu’à l’origine les accusations étaient reconnues “crédibles” parce que “convergentes” et vers les femmes uniquement.
Une cause des abus serait « l’idéologie » de la communauté et “l’influence idéologique qui met en avant l’intention au détriment de l’objectivité”. Ce terme étonnant est employé deux fois comme si le fondateur pouvait être à l’origine d’une « idéologie » et de celle-ci en particulier…
Bien sûr, la rhétorique sur l’enseignement philosophique perverti sur “l’amour d’amitié” (l’influence d’Aristote ! ) revient en boucle comme une des causes de tous les maux . “Il faut lutter contre cette “transmission inconsciente” de ces comportements d’abus dans la communauté” dit encore le rapport. Ce qui est contradictoire avec le fait évident qu’un enseignement ne fait pas appel à l’inconscient …
“L’abus engendre l’abus” … et on recherche ainsi la cause première qui est encore le père MDP qui aurait eu “une affectivité déviante” et un enseignement qui a “engendré ou permis les abus”. C’est la thèse développée entre autres par Sophie Ducrey dans son livre ”Etouffée” et à la radio RCF le 30 sept 2019 où elle affirme que les abus à St Jean proviendraient d’un “système fomenté par le haut”.
Le paragraphe sur « Les structures d’abus » (p9) est assez éclairant sur le procédé qui vise in fine à mettre une grande part de la responsabilité des abus sur le fondateur puisque “l’ensemble des cas relève des relations entre les abus” . Il y aurait eu comme un “mot d’ordre” dans une structure par essence perverse. “Les structures d’abus” se retrouveraient aussi dans un excès de miséricorde qui n’objectivise pas la faute, un laxisme sur les questions de morale sexuelle, un défaut de formation à la psychologie (dont l’objet n’est pas en général de prévenir les abus …) et de discernement dans les
vocations. Comme si ces faiblesses congénitales de la Communauté St Jean étaient le fait du seul fondateur qui aurait été l’autocrate d’une secte pendant plus de 40 ans ! Notons au passage qu’on retrouve ces problèmes dans bien d’autres communautés.
Pour parfaire cette accusation, le rapport souligne l’implication de “5 proches collaborateurs du P Philippe qui font partie des auteurs des abus les plus graves “. Donc, c’est nécessairement le fondateur qui en serait la cause …
Mais le rapport ne fait pas mention du rôle et donc la responsabilité évidente des autres frères « aux commandes” de la congrégation :
● 33 autres frères du gouvernement,
● 24 maîtres de novices,
● 7 Maîtres de profès
● et des 40 prieurs de maison de formation (chiffres de St Jean cf note p. 6)
● et nombre de professeurs
qui participèrent

○ aux discernements des vocations,
○ à la direction spirituelle,
○ et à la formation (ou non-formation) des frères coupables d’abus.

À la Une

Droit de réponse aux frères de St Jean

In english : the Respone to chapter

Les frères de St Jean ont communiqué le  5 novembre 2019 un «  message final de la seconde session du Chapitre général » mettant en cause la réputation de la famille Philippe par une série d’assertions.  En qualité de nièce, j’ai demandé à user de mon «droit de réponse» juridiquement reconnu en mon nom personnel et au nom de ma famille sur des accusations sans preuve qui remontent à … 1952 ! A ce jour, les frères n’ont pas daigné accéder à ma demande…

La famille des Pères Philippe apporte donc certaines précisions :

1/ Ce texte largement diffusé « révèle » pour la première fois que le  Père  Marie-Dominique Philippe aurait eu l’interdiction par “Rome” d’enseigner, prêcher et confesser des religieuses… pendant de 2 ans. Cette décision assez surprenante lui aurait fait interdiction (d’après les Dominicains) “d’enseigner la spiritualité,  mais pas la métaphyse” . Le père aurait été ainsi « jugé gravement complice des agissements de son frère » (et donc qu’il serait la cause et à l’origine des abus des frères de St Jean de 1980 à ce jour… ). Cette dénonciation récente  qui provient des Frères Dominicains (province de France) est divulguée sans autres détails utiles alors que rien en indique la cause et qu’il n’y avait pas de nécessité d’atteindre à la réputation d’un clerc défunt en distillant de façon très partielle une mesure qui doit en principe être couverte par le secret canonique (canon 487 et s)  surtout quand il s’agit d’un défunt (cf canon 489 § 2). 

2/ Le Père Thomas Philippe fut certes privé par l’Ordre des Dominicains de tout ministère public de 1952 à  décembre 1963. Il aurait été ainsi « condamné » par le Saint-Office en 1956 à ne plus célébrer l’Eucharistie mais « seulement » pendant 1 an et 5 mois. On ignore encore les motifs exacts de sa condamnation en raison du secret pontifical. Aussi ses activités sacerdotales ne furent pas « reprises en  toute impunité » comme le dit le journal La Croix le 5 novembre, mais avec l’accord tacite de ses supérieurs et de l’Ordinaire du lieu. Notons que l’isolement durable du père Thomas qu’il accepta dans l’obéissance totale à l’Église, affecta beaucoup sa santé physique et psychologique (cf rapport de XLP  à l’Arche et surtout la « lettre à Mgr Desmazieres »)

4/ Contrairement à ce que dit le Chapitre,  Mère Cécile Philippe, (qui fut certes relevée de sa charge de Prieure du Monastère de Bouvines en 1956), ne fut jamais « reconnue ayant eu une  responsabilité  dans les agissements du père Thomas » ! Et on ignore enfin de quoi fut accusé le Père Dehau … 

5/ Un amalgame pernicieux est fait par le chapitre entre les nombreux abus commis et avérés par des frères de la communauté (27) jusqu’à ce jour et ceux  « attribués » au Père Marie-Dominique il y a plus de 30, 40 ou 50 ans ! Ce rapprochement est de nature à créer des confusions chez un lecteur peu averti.

6/ Jean Vanier qui a connu Le Père Thomas à l’Eau Vive en 1950, est resté en lien avec lui sans discontinuité, puis est venu le rejoindre à Trosly-Breuil  dans l’Oise pour fonder l’Arche en 1964 avec son appui spirituel. Jean Vanier savait parfaitement qu’il avait  été « condamné » par Rome en 1956 … Si donc Jean Vanier a « pris le risque » de prendre le Père Thomas comme directeur spirituel, c’est bien parce qu’il a certainement estimé que les causes principales de cette condamnation  n’étaient pas de nature à entacher son rayonnement spirituel et sacerdotal. Dans le cas contraire, Jean Vanier n’aurait jamais « pris le risque » de l’avoir comme son directeur spirituel et aumônier de cette nouvelle communauté. Les correspondances entre Journet et Maritain qui sont trop souvent mises en avant ne prouvent rien (voir la note sur ces  « pièces à convictions « )

On peut consulter une source de l’Arche (bien documentée malgré des approximations) et aussi des pièces importantes du dossier  pour se faire une idée plus précise du contexte.

En conclusion de ce « déballage » étonnant et pour le moins emprunt de peu d’a priori favorable , le chapitre voudrait maintenant « mettre un terme à une dérive d’au moins 70 ans  » ! Le Prieur Général dans un entretien à Famille Chrétienne concède ne pas comprendre comment cette communauté aurait été autorisée par l’Eglise et par ceux qui « étaient au courant sur le père ». « Nous n’en savons rien pour l’instant » dit-il.

C’est une chose bien étrange de voir cette communauté honnir maintenant, et de cette façon, son fondateur qui a pourtant reçu depuis le début l’appui de son Ordre, des Dicastères Romains,  de nombreux évêques en France, de Marthe Robin et même en 1980 de St Jean-Paul II lui-même….

Marie PHILIPPE (Version revue et corrigée du  25 novembre 2019)

voir aussi :

jpii-pmdp-pthomas-01-1984

Saint Jean-Paul II en 1984 avec Marie-Dominique, Thomas Philippe et Jean Vanier

Enfin, un diocèse qui ne « s’improvise » pas enquêteur !

Selon la croix du 5 septembre, le procureur de la République de Paris Rémy Heitz et l’archevêque Mgr Michel Aupetit ont signé jeudi 5 septembre un protocole d’accord au sujet des « abus ». Ce protocole est établi sur le modèle de ce qui existe déjà avec d’autres institutions comme l’éducation nationale ou l’APHP. Il prévoit que toutes les dénonciations d’infractions sexuelles – sur mineurs ou majeurs – faites au diocèse et « paraissant vraisemblables », seront transmises de manière systématique au parquet. Et ce, même si la victime n’a pas porté plainte.

Si les évêques sont déjà tenus par la loi française à l’obligation de signalement (article 434-3 du code pénal), il restait toutefois des zones grises. En particulier lorsque, la victime n’ayant pas porté plainte, le diocèse n’avait que des témoignages indirects ou flous. Une enquête interne était alors menée avant un éventuel signalement et la mise en place de mesures conservatoires nécessaires…

« Nous n’avons pas les moyens de la police pour enquêter, dit  Mgr Aupetit. Comme évêque de Nanterre, j’avais vu en collaborant avec la justice que nous obtenions des résultats beaucoup plus rapides, plus sûrs et plus respectueux des personnes, pour prendre la décision la plus adéquate ».

Alors que deux prêtres se sont suicidés l’an dernier à la suite d’un communiqué diocésain annonçant des mesures conservatoires, l’archevêque a reconnu que « parfois nous avons pris des mesures inopportunes », en cherchant à protéger tant la victime présumée que l’agresseur présumé, et notamment dans le cas de prêtres dont le nom a été rendu public trop vite, conduisant à les « désigner comme coupables dans l’opinion publique ».

Concrètement le diocèse n’aura plus à mener d’enquête interne. Il reviendra au parquet de « caractériser s’il y a lieu, les infractions qui auraient pu être commises ou, à l’inverse, de lever les doutes subsistants ». Les mesures conservatoires seront ensuite appliquées « après retour des premières investigations par des professionnels ». Le parquet s’est du reste engagé à « mener rapidement et discrètement ces enquêtes ».

Le procureur de la République, souhaite « ne pas laisser l’Église seule face à l’appréciation de situations compliquées » … «  Ce n’est pas à l’Église de déterminer si les faits sont prescrits. La justice est là pour faire la part des choses ».

En vertu de l’accord, et contrairement à ce qui se fait actuellement, le diocèse sera en outre informé des suites données par la justice française. Ce qui pourra « éclairer une éventuelle suite canonique », précise Mgr Aupetit. Le parquet communiquera le cas échéant les motivations du classement sans suite, mais il ne prévoit pas, en revanche, de transmettre le contenu de l’enquête au tribunal ecclésiastique.

Nous pouvons dire « Merci » à Mgr Aupetit d’avoir montré la voie de la sagesse quelques jours après que Mgr Catennoz  ait « balancé » un prêtre à la vindicte de la presse par un communiqué de presse assez déplacé …

Ne pas s’improviser enquêteur ou juge d’instruction ! C’est bien ce que j’avais demandé dès le début dans ma contre-enquête à la suite des affirmations du Prieur de St Jean ( page 10 du ficher PDF ) ou du Pere Marcovits ( p 5)

 

Note sur l’érotomanie probable des plaignantes

Il ne faut pas confondre l’érotomanie avec la nymphomanie qui le besoin maladif  et compulsif pour une femme d’avoir des rapports sexuels. L’érotomanie dans sa forme la plus classique ( cf Dr Laforgue) est un état passionnel qui se rencontre chez une femme ou jeune femme célibataire (dans environ 80-90 % des cas). Il se déroule en trois phases :

  • la phase d’espoir: la plus longue, où le malade espère que l’être aimé va se déclarer ouvertement. La plupart du temps, l’érotomane reste fixé, névrotique, à cette phase ;
  • la phase de dépit: la personne malade peut alors sombrer dans la dépression ; elle devient plus agressive ;
  • la phase de rancune: l’agressivité se tourne vers la personne aimée.

Cette phase de rancune expliquerait que ce furent les femmes les plus « accrochées » aux pères Thomas et/ou  Marie-Dominique  qui se sont retournées contre eux dans leurs accusations post mortem.

J’ai trouvé une description très ressemblante de la principale plaignante dans une recension  d’un ouvrage du psychanalyste italien Luigi Zoja «  Paranoïa, la folie qui fait l’histoire » (Les Belles Lettres, 540 p.)

Goût pour l’affabulation ou tendance plus ou moins marquée à voir des ennemis partout, divagation induite par la jalousie ou l’érotomanie (conviction qu’on est aimé par une personnalité célèbre), folie des grandeurs ou maladie mentale, la paranoïa a de multiples formes et degrés. L’American Heritage Stedman’s Medical Dictionary la définit ainsi : «1. Un trouble psychotique caractérisé par des délires systématiques, majoritairement de persécution ou de supériorité, en l’absence d’autres troubles de la personnalité. 2. Une forme extrême et irrationnelle de méfiance à l’égard des autres». Mais presque tous les manuels de psychiatrie précisent que le paranoïaque possède «une faculté de réflexion remarquable, [qui] n’empêche pas sa foi dans le contenu des idées délirantes» (Karl Jaspers), et que «le diagnostic de la paranoïa n’est pas toujours évident», dans la mesure où «les malades savent quelles réflexions sont considérées comme pathologiques et sont capables de les dissimuler ou les atténuer de manière à trouver des gens prêts à jurer qu’ils sont sains d’esprit» (Eugen Bleuler). Pathologie difficile à cerner, donc. «Construction logique bâtie à partir d’un noyau délirant et d’un postulat de base falsifié», elle autorise que l’on puisse «discuter avec un paranoïaque de la partie logique de sa pensée», aussi longtemps du moins qu’est tenu caché le «noyau central», lequel «ne souffre aucune discussion» puisqu’il relève d’une condition que le sujet «exige pour vivre», ou d’une «vérité» qui «ne demande aucune justification mais qui justifie tout». A l’origine de la paranoïa – «tromperie originelle dont le sujet est l’auteur et la victime» – se trouve sans doute une indicible souffrance, ou en tout cas une solitude, «brisée par le fantasme d’être au centre de l’intérêt de tous» ou de se sentir l’objet de toutes les malveillances : elle s’accompagne de mégalomanie, d’envie, de jalousie, de suspicion, quand elle ne débouche pas, dans les formes graves, sur un «syndrome d’encerclement et la conviction d’être victime d’un complot», d’une persécution.

https://next.liberation.fr/livres/2018/06/27/paranoia-le-corps-du-delire_1662376

Il serait intéressant de creuser la piste d’une forme spécifique de ce dérangement psychologique que l’on retrouve chez au moins trois plaignantes que j’ai pu identifier et « analyser » mais hélas qu’assez sommairement.

Jonckheere relève cinq mécanismes fondamentaux à la genèse de l’érotomanie :

  1. Le mécanisme compensatoire : à la solitude, par exemple chez les célibataires âgées.
  2. Le mécanisme conjuratoire : rendant possible la réalisation d’une relation hétérosexuelle imaginaire et dépourvue de danger et de culpabilité (phases érotomaniaques chez les schizophrènes).
  3. L’érotomanie de revendication,
  4. L’érotomanie venant nier une homosexualité latente.
  5. L’érotomanie de négation psychotique, protégeant des angoisses de néantisation par un délire assurant un « minimum contre l’insécurité ontologique fondamentale » déclenchée par un préjudice réel » chez des sujets présentant déjà une morbidité psychiatrique.

THESE de Doctorat pour le DES de Psychiatrie par Edouard-Jules LAFORGUE page 74

http://psyfontevraud.free.fr/theses/LAFORGUE-Erotomanie-2014.pdf

 

 

 

Agressions sexuelles : que les évêques appliquent le droit canonique !

Nous invitons nos lecteurs à lire l’article intégral de l’Abbé Bernard du Puy-Montbrun
Doyen émérite de la Faculté de droit canonique (Ict)
Docteur en droit canonique et Diplômé en Sciences criminelles
Avocat ecclésiastique près l’Officialité Interdiocésaine de Toulouse

https://srp-presse.fr/index.php/2019/01/25/agressions-sexuelles-que-les-eveques-appliquent-le-droit-canonique/

en pdf :

Que les eveques appliquent le droit canonique

 

De nombreuses accusations d’abus sexuels contre des prêtres «ne sont pas vraies», affirme le cardinal Braz

 

Eglise: De nombreuses accusations d’abus sexuels contre des prêtres «ne sont pas vraies», affirme un cardinal

20 Minutes avec AFP Publié le 11/07/19 à 08h20

 

Envoyé par le pape François à un rassemblement de congrégations religieuses au Paraguay, le cardinal brésilien, Monseigneur Joao Braz de Aviv a assuré, ce mercredi, que de nombreuses accusations d’abus sexuels portées contre des prêtres « ne sont pas vraies ».

« Si des cas sont apparus dans la vie de l’Eglise, nous devons les élucider. Nous sommes très avancés (dans les investigations) mais il y a de nombreuses dénonciations qui ne sont pas vraies, et ce sont les commissions diocésaines qui vérifient si c’est vrai ou non », a déclaré Mgr Joao Braz de Aviv.

Ce cardinal est au Vatican préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Il se référait aux divers scandales d’abus sexuels​ contre des mineurs qui ont secoué ces dernières années l’Eglise catholique.

Le cardinal a été envoyé par le pape François à Asuncion pour assister à une rencontre de trois jours avec des centaines de religieux appartenant à quelque 90 congrégations. Il a présidé une messe concélébrée dans la cathédrale d’Asuncion pour le quatrième anniversaire de la visite du pape à Paraguay en juillet 2015.

« C’est un moment d’inquiétude », a déclaré Mgr Braz de Aviv, soulignant que les scandales d’abus sexuels dans l’Eglise ont eu une profonde répercussion dans le monde « parce que nous, les religieux, sommes pour beaucoup un point de référence ».

Parmi les mesures qu’il a prises pour faire face aux scandales, le pape François a décidé en mai un changement de la loi canonique qui rend obligatoire le signalement des soupçons d’agression sexuelle et renforce le système d’alerte par les victimes présumées.