Encore des fondateurs dans la tourmente

 Pour qui sonne le glas ?  Elisabeth DEHAU, le 25 juin 2020

Une nouvelle « révélation » sur des abus sexuels est encore tombée début Mai 2020. Le père Finet, fondateur des Foyers de Charité et directeur spirituel de la mystique Marthe Robin (morte en odeur de sainteté en 1981 et déclarée Vénérable par l’Eglise en l’attente d’un procès en Béatification) est accusé par le père modérateur de cette communauté d’avoir eu des « gestes abusifs » à l’encontre de jeunes filles et cela 30 ans après sa mort et 50 à 75 ans après les faits présumés.

Apres la mise en cause des pères Marie Dominique et Thomas Philippe, de Jean Vanier, des pères André-Marie van Der Borght, ou Pierre-Marie Delfieux (Communauté monastique de Jérusalem), on retrouve à peu près le même scénario avec comme une impression de « copié-collé » : une complainte ou une rumeur, une commission d’enquête « indépendante » désignée par les communautés, des faits relatés à demi-mots, des victimes anonymes et imprécises, pas de contradiction possible (et pour cause …), pas de contre-enquête de nature judiciaire ou psychiatrique… Mais la caution d’un psychologue anonyme ou inconnu, une bénédiction épiscopale pour la « démarche de vérité », et pour couronner l’ensemble, on peut trouver la caution d’un dicastère romain, etc… Puis une accusation tombe, implacable, sans débat, sans appel. Elle est faite par voie de presse par les autorités de la communauté contre le fondateur. Ceux qui émettent des doutes ou demandent des éléments plus probants sont accusés d’aggraver la souffrance des victimes.

Puis les médias, sans hésitation abondent à commencer par ceux qui donnent les leçons de morale habituelle à l’Eglise (le Monde, Libération, la télé, etc…) ; Puis les médias catholiques comme la Vie, KTO, La Croix ne sont pas en reste. On lit par exemple sous la plume de Samuel Pruvot de Famille Chrétienne que le père Finet « a commis de nombreux abus sur des mineures âgées de 10 à 14 ans détournant le sacrement de la confession », « les fondateurs n’étaient pas tous des gens recommandables … Les dehors de la sainteté peuvent cacher, au-dedans, de terribles turpitudes » poursuit-il, « Abus spirituels et abus sexuels se conjuguent avec une affreuse logique, etc… ». Il s’agit de « révélations » dit-il sans hésiter !

Pourtant avec cette énième affaire mettant encore en cause une personnalité comme le père Finet, on sent poindre chez les commentateurs comme un doute, une hésitation. Ainsi Aline Lizotte dans son blog relève « un amateurisme 1psychologisant inquiétant que l’on retrouve souvent dans des pseudo-enquêtes dans l’Église », « N’est-ce pas une conclusion sans doute hâtive et surtout interprétative ? », « Nous ne savons rien de la manière dont l’enquête a été menée auprès des 14 femmes qui ont bien voulu témoigner et dire ce qu’elles ont voulu dire. Mais qu’ont-elles dit ? Nous n’en savons rien ! Nous ne savons rien de l’expertise des écoutants. », puis de conclure « Quelle histoire est-on en train de vouloir nous faire avaler ? »

Pourtant Mme Lizotte se montrait plus péremptoire quand elle fustigeait sans hésiter une autre figure accusée elle aussi par sa communauté : Jean Vanier. Et avant lui le p. Marie-Dominique Philippe. Elle exaltait dans son réquisitoire contre lui le « professionnalisme » du rapport de synthèse rendu public par L’Arche. Puis elle expliquait de façon confuse que le « jeune Jean Vanier » aurait été trompé par une conception dévoyée de la sexualité par le père Thomas Philippe et par le contexte de l’époque (théologique, médical, et philosophique, etc…). Elle se lance alors dans une explication sur l’importance soit disant mal comprise par beaucoup de l’aspect unitif de la sexualité qui serait à la base des déviances reprochées. « Jean se trompe, et il se trompe lourdement ! » affirme-t-elle tranchante ! Des accusations gratuites alors que jamais personne n’a entendu Jean Vanier émettre le moindre acquiescement aux théories dont parle Mme Lizotte … C’est une pure affabulation que je vous invite à découvrir directement ici.

Autre signe des temps : Mme Céline Hoyeau Journaliste du journal la Croix et « spécialiste » des abus donne enfin il y a quelques jours la parole à un canoniste, le P. du Puy-Montbrun qui rappelle que « La valorisation actuelle de prétendues victimes fait qu’elles ont raison, et celui qui est dénoncé est d’emblée coupable et voué à la mort sociale. Or une accusation ne fait pas en soi une culpabilité. »2. D’autres voix de canonistes comme celles de l’abbé Fontelle commencent à s’élever contre ces déballages faits hors de tout contrôle et toute prudence.

Plus intéressant encore est le revirement spectaculaire du Journal Golias qui est toujours à la pointe du combat contre l’Eglise-Institution, la vie religieuse, le célibat sacerdotal, la théologie scolastique, le mariage chrétien, le respect de la Vie, etc…

Dans Golias Hebdo N° 6235 du 27 mai , l’auteur veut « inviter à la réflexion » en relevant « les approximations du rapport ». Il commence par affirmer que « Georges Finet, trente ans après sa mort, dérangeait. On le ressort et on lui fait un mauvais procès. Une commission, sans aucun fondement légal ni canonique, reçoit la mission de collecter les témoignages sur des abus qu’il aurait pu commettre. » (…) « Tout devient évident : les investigations de la Commission menées seulement à charge ; l’ignorance sur les noms de ses membres hormis celui de la présidente, Mme Gaussen la minimisation des dizaines de témoignages favorables, en les stigmatisant d’être dans le déni ou la reconnaissance ; l’absence d’évaluation critique des abus : l’oubli de la famille Finet, seule habilitée à défendre la mémoire de son oncle. Il devient impossible de penser que le sort de Georges Finet, comme on peut le lire dans La Croix, n’avait pas été décidé à l’avance. On décrit même le « mode opératoire », mots chargés s’il en est d’un prédateur pervers qui passait son temps à effeuiller des adolescentes dans le dos de Marthe Robin et des nombreux membres du Foyer. Les interviews à KTO et sur YouTube étaient enregistrées pour le Jour J. Une machine de com terriblement efficace destinée à faire passer l’actuel responsable des Foyers pour le sauveur de la communauté face à un monstre enfin découvert post mortem ».

Golias n’est certes pas une référence que l’on peut suivre, mais cette insolente revue rappelle souvent combien les hommes d’église peuvent avoir entre eux de la jalousie, de la rivalité et de l’inimitié ! Sans aller chercher la théorie du complot qu’il y a en trame dans cet article, il est clair que les enjeux doctrinaux et les rivalités chez nos “bons Pères” peuvent se réveiller facilement à l’occasion d’accusations scandaleuses pour continuer des règlements de comptes sanglants débutés il y a des décennies.

Les accusations sont-elles pertinentes ?

Pour un rationaliste peu au fait de la vie spirituelle, des accusations portées par une femme (ou un homme !) qui se dit victime d’abus sont en toute logique plausibles. Toutefois un homme de bonne volonté ayant encore de l’honnêteté intellectuelle ne négligerait pas l’approche psychiatrique s’il voulait parvenir à entrevoir le plus possible la vérité. Enfin on peut s’interroger sur l’anonymat systématiquement accordé aux plaignantes. Ce qui est en fait une porte ouverte et un encouragement à l’outrance, à la diffamation ou à l’auto-valorisation de personnes grisées à l’idée de voir leurs problèmes médiatisés.

Pour les chrétiens que nous sommes (et à fortiori pour les clercs), il convient de se souvenir que notre Foi nous enseigne que Satan est à l’œuvre dans le monde et recherche notre chute. Marthe Robin est probablement la mystique du 20ème siècle qui a subit le plus d’attaques du démon. Elle a fait fleurir en France par son sacrifice et sa médiation de nombreuses œuvres dont la Communauté St Jean, l’Arche, les Foyers de charité, etc… Il n’est donc pas étonnant de voir ces œuvres attaquées. Il est clair que les “révélations” des actes présumés coupables des fondateurs de ces communautés ne sont certainement pas de nature à favoriser leur rayonnement dans le futur. Il est très probable qu’elles ne s’en relèveront pas. Cela affaiblit davantage toute l’Eglise sans exception. Au point où nous en sommes, on “balance tout” et on n’hésite plus à mettre dans le même sac les pères Finet et Preynat. Cécile Hoyeau dans la Croix relève justement que le procès de béatification de Marthe Robin (qui peut-être “savait” avance-t-elle quand même …) sera sans doute ajourné « pendant des années ».

Il est bien évident que les personnalités accusées n’avaient pas du tout le « profil » d’abuseurs, de pervers, de manipulateurs, de gourous, de pédo-criminels, de violeurs, d’attoucheurs, etc… Alors comment expliquer ces nombreuses accusations? Et d’aussi graves ? Les plaignantes ont-elles conscience de la gravité objective de leurs accusations ? On peut en douter car elles pensent probablement subjectivement “bien faire” et sont sûres d’avoir subi ces « actes ». L’analyse psychologique des rares témoignages écrits dont on dispose par la presse le montre bien mais ces accusations ne sont pas crédibles pour autant. Il est par contre hautement probable que ces plaignantes sont elles-mêmes surtout victimes de « l’esprit du mal » qui leur a inspiré cette “relecture” de leur passé. Le démon est à l’œuvre dans le monde et personne n’échappe à ses inspirations mauvaises. Aussi pourquoi en seraient-elles préservées ? Une main posée sur un genou ou dans le dos il y 30 ans, lors d’une confession un peu intrusive ou d’un entretien spirituel mal compris (surtout si cela avait lieu dans une chambre après 21h …) peut conduire une personne ayant une prédisposition à des problèmes psychiques, à vouloir complètement revisiter et amplifier ces moments par un facteur 10 ou 100 avec l’aide et l’inspiration du démon ! Elle découvre ainsi à travers le prisme de ses blessures une intention perverse là où il n’y avait objectivement pratiquement rien.

Pourquoi les hommes d’Eglise n’envisagent-il pas un instant que ces plaignantes puissent avoir été manipulées par l’esprit des ténèbres ? Jusqu’où ira l’auto-démolition de l’Église ? C’est là un grand mystère. Même Mgr de Moulins-Beaufort n’envisage pas non plus cette hypothèse « spirituelle » quand il évoque clairement cette question lors de la dernière assemblée de la CEF le 9 juin 2020 en y donnant déjà sa réponse : « Nous avons décidé de travailler théologiquement et spirituellement le mystère d’iniquité qui fait qu’un arbre qui porte de bons fruits apparents puisse avoir une racine perverse et produire des fruits mauvais plus cachés ». Pour lui et tant d’autres chrétiens la cause est déjà entendue.

Aussi les fruits du père Finet et par voie de conséquences ceux de Marthe Robin ne seraient bons que dans l’apparence mais « mauvais » de façon plus cachés avec une racine perverse.

Nous n’avons pas encore touché le fond …

« La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi »  John Donne — Devotions upon Emergent Occasions, 1624

1 https://srp-presse.fr/index.php/author/aline-lizotte/

2 La Croix, Vendredi 29 mai 2020 : Est-il justifié, dans l’Eglise, d’enquêter sur des morts ? – https://journal.la-croix.com/share/article/1eef4559-f186-422b-8426-2a850a29a3dd/8e718376-93b6-4b30-8ecd-bcf0953c0206

 

À la Une

Les étranges accusations portées contre Jean Vanier

L’Arche, après avoir accusé le  Père Thomas Philippe en 2016 d’abus, vient d’accuser Jean Vanier dans un rapport de synthèse rendu public le 22-2-2020. Cette dénonciation  a été amplement repris par la grande presse en France et dans le monde avec des commentaires accusateurs : « flagrant délit de mensonge et trahisons » dit soeur Margron sur RCF, « menteur et abuseur » dit Témoignage Chrétien, « la face maléfique d’une icône catholique » chez Libération, « le poison de la mystique sexuelle » et la « justification des agressions sexuelles sur des femmes par une sorte de salmigondis religieux et spirituel mêlant Jésus, Marie, la foi, dans un délire mystique et pervers » affirme Mme de Gaulmyn dans la Croix qui bien sûr « ne juge pas » la personnalité « totalement clivée de Jean Vanier », « Des faits effarants » dit La Vie qui exulte car déjà en 2001 elle dénonçait les « gourous dans les couvents», « Abus spirituel et abus sexuel » avec son « côté sombre » dit  Aleteia, « Le passé coupable du fondateur » juge Le Monde, « le pervers sexuel » affirme le Soir , « Jean Vanier a agressé six femmes » dit  l’Actualité , etc…

Ces accusations non seulement ne me surprennent pas,  mais je les attendais… En effet, il semble logique que parmi les centaines de personnes plus ou moins malades ou perturbées psychologiquement qui ont gravité pendant 40 ans autour du père Thomas et de Jean Vanier (et aussi bien sûr du Père Marie-Dominique Philippe…) , il puisse y avoir 5 à 10 femmes susceptibles de porter des accusations similaires à celles que j’ai relevées dans ma propre enquête suite aux premières « révélations » du prieur de la Communauté St Jean, il y a 6 ans [1].

Ce rapport de synthèse est donc détaillé et semble accablant. Il est construit très adroitement avec de nombreuses références. Cela donne pour un lecteur peu averti,  une impression de sérieux et d’objectivité presque « scientifique ». Mais une analyse plus détaillée me conduit à soulever les principaux points « problématiques » qui peuvent nous faire douter des affirmations apportées:

  1. Ce rapport de synthèse n’est pas signé et a été élaboré avec la collaboration d’un organisme dont le métier consiste à proposer auprès des ONG des mesures de précautions surtout pour rassurer les donateurs et les pouvoirs publics. Mais on peut s’étonner que l’Arche ait fait appel à GCPS consulting [2]  qui se targue de travailler pour de  nombreux organismes ou associations clairement opposés à l’Eglise (ONG ouvertement pro-avortement et pro-LGBT comme IPPF, British Council, USAID,  Planning Parenthood, Unicef, etc…) mais  qui n’a pas de compétence particulière dans l’investigation policière et judiciaire.
  2. Le travail « historique» d’Antoine Mourges  (à ce jour encore étudiant en histoire…) n’a pu se faire que sur des pièces disponibles et celles qu’on a bien voulu lui donner.  J’avais demandé sans aucun résultat aux Autorités de l’Eglise (Mgr d’Ornellas, Mgr Riviere, congrégations romaines, etc…) de faire faire une véritable enquête « à charge et à décharge » après les accusations et sur les accusatrices de cette affaire non par des « historiens » ou des clercs de bonne foi mais peu compétents (comme le Père Marcovits…). Des  analyses faites  par des experts-psychiatres et par des anciens juges d’instruction ou des anciens officiers de police judiciaire auraient été plus pertinentes pour  analyser « scientifiquement »  la crédibilité des accusations.
  3. Le contexte: l’accusation initiale de 2015 a été faite à la suite d’une l’enquête faite par le Père Marcovits (dominicain) à la demande Mgr d’Ornellas archevêque de Rennes et qualifiée de « canonique ». Or le point de départ  de cette accusation est à la base entaché d’une violation du droit canon et ses articles 1717 et suivants.  Mgr d’Ornellas n’avait aucun droit à faire faire cette « enquête »  car  lui ou l’un de ses prédécesseurs ne fut jamais l’Ordinaire du Père Thomas Philippe. Donc il n’avait pas l’autorité pour diligenter l’enquête présentée faussement comme « canonique » par le truchement du Père Marcovits à laquelle il est fait référence dans toutes les déclarations de l’Arche et largement reprise dans la presse. [3]   Enfin le père Marcovits n’a fait qu’enregistrer les plaintes sans faire d’analyse sur la pertinence des accusations. Il a simplement trouvé personnellement les témoignages  « sincères et concordants ». J’ai donc demandé officiellement par recours canonique  l’annulation de cette procédure (ce qui en droit conduirait à une annulation de l’enquête) .
  4. Un « comité de surveillance indépendant»  composé de  deux anciens hauts fonctionnaires français aurait évalué l’intégrité et la fiabilité du processus de l’enquête et de ses conclusions.  Pourquoi des « hauts » fonctionnaires dont les noms sont gardés secrets ? Comment ont-ils pu « évaluer l’intégrité et la fiabilité du processus d’enquête » ?  Par quels moyens ? Quelles sont leurs compétences ? En quoi le fait qu’ils soient « hauts fonctionnaires » apporte une garantie particulière ?
  5. Une autre caution a été recherchée auprès de la commission CIASE[4] à qui l’Arche a remis le « rapport ». Mais rien n’indique qu’il a été validé, ni même examiné par la commission. A plusieurs reprises Mr Jean-Marc Sauvé (Président de la CIASE)  que j’ai contacté m’a confirmé par écrit que cette affaire n’était pas dans « sa mission ».
  6. La sanction de 1956 et son actualisation. Effectivement le Père Thomas a été « condamné » par le St Office pour un motif tenu « secret » à la suite d’une procédure particulièrement longue (4 ans !) où se seraient mêlé des questions de for interne de plaignantes et des questions  théologiques dans le contexte d’une possible revanche après une lutte acharnée chez les dominicains entre les tenants d’une théologie traditionnelle (Garrigou-Lagrange, Thomas et MD Philippe, etc.. ) et ceux qui furent à la pointe du mouvement « réformiste » (Chenu , Congar, etc..)[5] .

Les accusations actuelles reposent donc sur un postulat : le Père Thomas Philippe aurait  abusé deux femmes dans les années 50 en utilisant une fausse mystique (la relation charnelle du Christ et de la Vierge au dire de certaines plaignantes). Or cette mystique n’a jamais été enseignée. Il n’y aucune trace écrite. De nombreux lecteurs ont parcouru l’entièreté des livres (ou enregistrements audio) du père Thomas. À aucun endroit, on ne trouve une justification ou une théorie « mystico-sexuelle ». Il serait étonnant que cela fût transmis dans le secret de la « direction spirituelle » ou en confession.  Plus étonnant encore serait le fait qu’il aurait « initié » d’autres prêtres à cette mystique pour qu’ils utilisent à leur tour ce « stratagème ». Comment cette méthode d’une grande perversité (qu’on a du mal à imaginer…)  aurait-elle pu avoir un pouvoir quasi-hypnotique sur une très longue durée (25 ans chez une même femme …) ?

Le Père Tixier, Provincial des dominicains, m’a confirmé un point central devant témoin le lundi 25 novembre 2019  à la Maison provinciale à Paris en présence du frère Michel Mallèvre op: « On ne connait pas les attendus, ni les pièces du dossier. On ne connait que le dispositif du jugement de 1956 ». Donc il m’a assuré que la condamnation était connue dans l’Eglise mais les motifs et les pièces étaient encore secrètes et que personne ne pouvait en avoir connaissance. « Elles sont au St Office, dans les archives » disait-il.

Or les rédacteurs du rapport de l’Arche parlent de 2 plaignantes de 1952 et d’autres pièces dont ils auraient eu connaissance concernant cette période. « En juin 2019, L’Arche Internationale a pu avoir accès aux archives des Dominicains à Paris, et, après son décès, à certaines des archives personnelles non publiées de Jean Vanier. » dit le rapport. Ma question est donc la suivante :

Qui ment ?  Le Provincial  ou  bien l’Arche ? Pourquoi ?

7. La description de « l’affaire de l’Eau Vive » est fantaisiste et caricaturale. Une assertion est particulièrement fausse : Malgré les interdictions qui lui en sont faites catégoriquement, Thomas Philippe continue de diriger clandestinement l’Eau Vive pendant toute la période de l’enquête. Les dizaines de lettres qu’il envoie à Jean Vanier durant cette période, montrent qu’il le conseille et l’oriente dans toutes les démarches à accomplir. Bravant l’interdit (qu’il ne peut pas ignorer comme il a pu le dire plus tard), Jean Vanier l’a rencontré à de nombreuses reprises durant cette période. (Page 8)

On peut lire pourtant dans un rapport fait à la demande de l’arche (déjà…) par Xavier Le Pichon (mais disparu du site internet de l’Arche depuis …) la précision suivante:  Jean Vanier vécut près de lui jusqu’au départ du Père Thomas au début d’avril 1952, suite à son rappel à Rome par le Père Suarez, général des Dominicains. C’est d’ailleurs Jean Vanier qui le conduisit à Rome à la demande de l’assistant du Père Suarez. Il devint alors, à vingt quatre ans directeur temporaire de l’Eau Vive, à la demande du Père Thomas, sur la suggestion du cardinal Roncalli, futur pape Jean XXIII, qui avait visité l’Eau Vive quinze jours plus tôt et qui connaissait les parents de Jean Vanier. Pendant quatre ans et deux mois, Jean Vanier exerça cette direction dans des conditions extrêmement difficiles, en restant en lien étroit avec le Père Thomas, jusqu’à la fermeture de l’Eau Vive par ordre des autorités ecclésiastiques, le 8 juillet 1956.  [6]

 Là encore, on dispose de deux versions contradictoires et de deux sources d’archives (celles de Xavier le Pichon qui est légataire testamentaire des documents du père Thomas et celles de Mourges qui dispose de celles de l’Arche …) .

Qui ment ? Visiblement la charge implacable du dernier rapport vise à faire du Père Thomas et de Jean Vanier deux compères pervers, manipulateurs, maléfiques, menteurs et (crime suprême…) désobéissants à l’Eglise! Notre historien amateur n’a pas remarqué que pendant plus de quatre ans le père thomas avait bien « le droit » de communiquer avec Jean Vanier… Notons enfin que le Père Thomas n’a été que suspendu du droit de célébrer la messe que pendant 17 mois. Il n’a sans doute pas été « déposé » car cette peine prévue par le Droit Canon de 1917 est souvent définitive. Visiblement trop d’erreurs grossières entachent ce rapport…

  1. Encore une contradiction: Comment le rapport de l’arche peut-il soutenir sérieusement que « Dans ses réponses transmises le 7 décembre 2019, la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican (auparavant le Saint-Office, dont les archives concernant le procès du père Thomas Philippe ne sont pas encore accessibles à la recherche) a confirmé ou complété certains éléments contenus dans les archives étudiées. » ?  Si les pièces sont secrètes et donc ne sont pas « accessibles  à la recherche historique » (donc à A.  Mourges…) , comment la CDF peut-elle confirmer « certains éléments »  dans ses archives ou celles de l’Arche ? Qui dans l’administration de la CDF a répondu le 7 décembre ? Si les archives ne sont plus secrètes, pourquoi la CDF auraient-elle eu besoin de confirmer ? Qu’a-t-elle « complété » ? La contradiction est donc à son comble et n’inspire pas la confiance dans les auteurs du rapport …
  2. Norme de preuve  de l’enquête. Il est étonnant de lire cette phrase : « Toute conclusion d’une enquête de ce type est basée sur un « équilibre de probabilités » et non sur une norme de preuve « au-delà de tout doute ». Compte tenu des informations disponibles, l’équipe en charge de l’enquête est parvenue à ses conclusions en déterminant si les événements étaient « plus susceptibles que non » de s’être produits, et si les témoignages qui lui ont été présentés étaient dignes de foi ». C’est ainsi que « l’équipe » s’est érigée en tribunal qui juge en dernier ressort selon son « intime conviction » et par des calculs probabilistes. De façon scientifique il faudrait conclure que la probabilité que Jean Vanier ait abusé de femmes est supérieure à 50,1 % …  C’est assez peu pour le condamner ! C’est sans doute une clause de style  pour ne pas faire trop d’objections sur la méthode …
  3. La crédibilité des témoins. L’Arche aurait fait « le constat que les victimes présumées, sans lien entre elles et sans connaissance de leur histoire respective, avaient chacune entrepris un travail de réflexion».

Mais cette présupposition est manifestement fallacieuse car avec internet et  la « viralité » des  relations sociales dans l’Arche (en direct et  par les réseaux sociaux), les témoins connaissaient tous depuis presque 4 ans les nombreux écrits et vidéos de la plaignante « d’origine» MF Pesneau qui témoignage des « abus » et des « justifications mystico-sexuelles » dans l’Avref ( avril 2016)  puis dans Golias, etc.. Et enfin dans le reportage d’ARTE et du battage médiatique qui a suivi!

La « concordance » des témoignages en forme de « copié-collé » s’explique donc très facilement et ne peut plus être sérieusement invoquée comme argument de crédibilité.

  1. Les relations sexuelles sous emprise. C’est sans doute le point le plus problématique. Un abus sexuel[7]  ne peut pas  être auto-déclaré par une  victime adulte. Une relation d’autorité «morale » peut présumer une emprise, mais ce n’est qu’une présomption. La victime doit décrire les circonstances qui pourraient laisser penser qu’il a eu bien une emprise.  La confrontation avec l’abuseur présumé est alors une étape essentielle dans une instruction pénale ou canonique. Or, ici, il ne peut pas y en a voir … Le rapport dit pourtant que « Les relations sont présumées avoir eu lieu dans des conditions que l’équipe de l’enquête a qualifiées « d’emprises psychologiques » et sont décrites comme constituant une violence psychologique et comme étant caractérisées par des déséquilibres de pouvoir importants : les victimes présumées se sont senties privées de leur libre arbitre, de ce fait l’activité sexuelle a été exercée sous la contrainte ou a eu lieu dans des conditions coercitives.

Toutefois les témoignages mentionnés dans le rapport ne sont pas très éclairants pour établir la nature « coercitive » de la relation. Par exemple dans le premier témoignage, une dame dit  : «J’étais dans une relation sexuelle inappropriée avec Jean Vanier. Étais-je consentante ? Je crois qu’au début oui, mais plus le temps passait, plus je crois que je n’étais pas consentante. »

Ce type d’accusation ne serait pas très recevable par un vrai tribunal civil ou canonique qui lui demanderait immanquablement  «Alors ? Finalement, étiez-vous ou pas consentante ? »

Une autre accusation revient en boucle : C’est le concept «d’abus d’autorité spirituelle ». A ma connaissance, c’est devenu aujourd’hui une objection qui ne souffre d’aucune contradiction.  Mais pouvons-nous sérieusement considérer une femme adulte et non-handicapée incapable de faire un complet discernement comme le serait une mineure dans une relation affective ?  Qu’elle soit amicale ou même sensuelle ?

 

  1. Une preuve justificative hors contexte. Une lettre du père Thomas est censée « prouver » la justification mystique de conduites déviantes. Ainsi le rapport ( p10) veut nous persuader que « dans ces lettres qui lui sont adressées par ces femmes l’intrication entre une dimension « amoureuse », des propos « mystiques » et l’évocation de contacts physiques entre en concordance avec ce que l’on sait par ailleurs des théories et des pratiques sexuelles du père Thomas Philippe et de celles de Jean Vanier révélées par les témoignages portés récemment à la connaissance de l’enquête. Certaines lettres du père Thomas Philippe lui adressent des conseils de prudence et des règles de conduite :

Pour XX soyez très prudent. Vous pourrez parfois prier avec elle, si c’est très prudent ; mais au point de vue extérieur le minimum, pas plus que S. (Saint) jean à la Cène et de façon assez discrète. Je sens que la Ste Vierge demande d’être très prudent ce point. Appuyez-vous sur l’obéissance. Même si XX [.] et vs. êtes très pressés intérieurement, il ft. rester plutôt en deçà de cette limite que d’aller au-delà… Marie peut vouloir éprouver votre obéissance.

Cette lettre qui se veut être « à charge » contre le PT et JV est en fait complétement détachée d’un contexte dont nous ignorons tout. Aussi, sa simple lecture peut être interprétée dans le sens le plus péjoratif possible comme dans un sens parfaitement « clean » !

En conclusion : J’avais déjà demandé à  avoir un véritable accès à toutes les pièces de l’accusation. Mais un « secret » unilatéral et injustifié m’a toujours été opposé. J’ai demandé pourtant une chose assez simple : c’est d’être convaincu de la véracité des accusations portées contre mes oncles et maintenant contre Jean Vanier par des pièces  incontestables. Or jusqu’à présent, ces preuves n’ont jamais été apportées. Je n’ai pu analyser que les nombreuses interventions publiques d’une seule plaignante : Mme MF Pesneau qui fut l’actrice principale du « fameux » reportage d’Arte. J’ai montré que ces accusations étaient ineptes compte tenu du contexte et de la durée des faits évoqués. J’ai demandé aux clercs accusateurs à ce qu’au moins ce témoignage « clé » soit considéré et déclaré publiquement par eux comme « non fiable ». Or aucun clerc, aucun évêque n’a daigné accéder à cette demande…

Une hypothèse semble toutefois se profiler : les nombreuses cautions recherchées, les violations flagrantes du droit canon et des principes généraux du droit y compris par des clercs et des religieux, les mensonges répétés et l’invocation constantes de « secrets » sont destinés à masquer la faiblesse et les incohérences des accusations portées sur Jean Vanier et sur le Père Thomas qu’il est devenu malséant de mettre en doute aujourd’hui dans le contexte des « affaires » dans l’Eglise.

Marie Philippe

Annexe : Plusieurs femmes ont témoigné publiquement par des livres ou des interviews d’avoir été victimes d’abus spirituels dans le cadre d’une vie communautaire ou religieuse. Le plus souvent, elles avaient des difficultés avec les «accompagnements spirituels » et cela est associé à un passé psychologique très lourd. Celui d’Anne Mardon (« Quand l’Église détruit » aux éditions de l’Harmattan) est presque un exemple type. Son témoignage est impressionnant dans sa structure mais n’a pas été mise en doute alors même que son « histoire » semble comporter en marge d’une détresse psychique réelle, des faits peu crédibles ou bien fortement réinterprétés. Elle aurait été baptisée par le P Thomas sans faire de catéchuménat (en quelques semaines dit-elle…). Son parrain devenu prêtre aurait été accusé d’abus sexuel. Elle aurait vécu une relation « intime » avec un père jésuite de 3 fois son âge. Tombée enceinte de lui, elle a « subi une IVG avec la bénédiction de son évêque » (sic !) , Puis en fréquentant les Fraternités monastiques de Jérusalem à Paris, elle aurait été « repérée » et placée sous « l’emprise du fondateur » qui lui aurait « trouvé une vocation » alors qu’elle n’en avait pas. Violences, isolements, mauvais traitements, trahisons, lâchetés et solitude « résument sa vie ». Cette vidéo est assez éclairante sur sa grande détresse mais pourtant aucun « bémol » n’a été apporté à ses affirmations et ses accusations à l’encontre des nombreuses personnes décédées et mis en cause ( Mgr Lustiger, Père Thomas, P. Pierre-Marie Delfieux, etc..). voir la video de Mme Mardon

Notes :

[1] Voir cette analyse dans mon blog : https://marie-dominique-philippe.com/

[2] https://gcps.consulting/

[3]  Le canon 1717 ne peut s’appliquer qu’à un prêtre en vie dans l’objectif de recueillir des informations sur ses actes et d’acter sous serment des dépositions devant notaire. Ceci est prévu pour lui appliquer éventuellement une peine ou d’engager un procès pénal. Or il ne pouvait pas, bien sûr, y avoir de procès pénal contre le Père Thomas. Par voie de conséquence, tous les éléments de l’enquête « non nécessaires au procès pénal » n’auraient pas dû être portés à la connaissance du grand public et auraient dû rester secrets. Le Canon 1719 stipule que « Les actes et les décrets de l’Ordinaire qui ouvrent ou clôturent l’enquête, ainsi que tous les éléments qui l’ont précédée, seront conservés aux archives secrètes de la curie, s’ils ne sont pas nécessaires au procès pénal ». La divulgation d’un tel dossier fut donc illégale. Enfin le § 2 du canon 1717 affirme qu’Il « faut veiller à ce que cette enquête ne compromette la bonne réputation de quiconque » car l’objet d’un procès canonique pénal est de prononcer une éventuelle sanction à un vivant et n’est pas de faire une dénonciation publique d’un défunt mais d’une sanction.

[4] Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise.

[5] Voir « l’affaire Chenu » et la condamnation du P Chenu par le St Office  : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-philosophiques-et-theologiques-2014-2-page-261.htm?contenu=resume

[6] http://docplayer.fr/169960951-Rapport-de-xavier-le-pichon-sur-la-place-du-pere-thomas-philippe-dans-la-fondation-de-l-arche-sommaire.html

[7] On devrait parler juridiquement d’un viol ou d’une agression sexuelle car « l’abus sexuel » est un anglicisme qui vient de « sexual abuse » et qui n’a pas sa place dans une terminologie adéquate.

Une lettre d’un ancien frère de St Jean

Un ancien frère de Saint Jean
Informations utilisateur

Madame Philippe,

j’ai pris connaissance de votre dossier qui représente un énorme travail et je vous en remercie. J’ai bien connu, fréquenté et étudié l’enseignement du père Marie-Dominique Philippe ayant été membre de la congrégation Saint Jean.

Les témoignages des personnes qui l’ont accusé doivent être respectés ainsi que les personnes elles-mêmes.

cependant un témoignage aussi crédible qu’il soit, en toute rigueur intellectuelle ne peut constituer seul une forme de vérité sans enquête approfondie et débat contradictoire.

Hors , depuis le début de ce qui ressemble de plus en plus à une lapidation sous sa forme contemporaine, une lapidation médiatique, je n’ai connaissance d’aucune enquête sérieuse, d’aucun débat contradictoire.

La campagne d’information initiale des frères de Saint Jean a donné le ton car en informant sur l’existence de lettres qui accusaient le père Marie-Dominique Philippe de gestes déplacés, le contenu des témoignages sont passés pour le grand public du statut de témoignages à celui de vérités confirmées.

Ce choix d’initier la lapidation médiatique du père fondateur de la congrégation Saint Jean, vous me le confirmer par la précision de votre dossier a été faite sans autre justification sans doute que celle qui m’avait été donnée à l’époque par mon supérieur: » si tu les avais lu, tu serais toi aussi persuadé de leur vérité! » .

De ce fait comme dans beaucoup d’autres cas de révélations immédiates, grand public de l’existence d’accusations, la présomption d’innocence en justice n’a pas été honorée et sans enquête, sans procès, sans débat contradictoire, le père Philippe est passé par l’exposition médiatique, d’accusé, à condamné. Ceci n’est pas acceptable pour quiconque défend le fondement de la justice dans la présomption d’innocence. Ceci est encore moins compréhensible de la part d’hommes d’Eglise qui devraient savoir de l’enseignement d’un grand théologien de l’Eglise , Saint Thomas d’Aquin, que la présomption de bien, est la première attitude de la charité.

Le documentaire passé sur Arte, relayé par d’autres émissions sur des chaînes de télévision, m’a comme tout un chacun d’abord ébranlé, parce que naturellement les témoignages de personnes qui se présentent comme victimes provoquent l’empathie. Mais là encore si on prend un peu de recul, il est aisé de voir que le récit n’est pas journalistique si l’éthique journalistique est d’informer sans prendre parti. Le parti pris initial et omniprésent est assez énorme, il tient en une idée souvent suggérée tout au long du documentaire « l’Eglise est une structure organisée pour permettre l’abus de pouvoir des clercs et en particulier l’utilisation sexuelle des femmes ». A partir de cet a priori, le documentaire est construit uniquement comme une succession de témoignages à charge, sans aucun débat contradictoire. Il devrait donc avoir comme unique statut l’expression d’un parti pris et d’un témoignage à charge qui appelle sa partie complémentaire, la parole de la défense des accusés. Mais cette réponse ne viendra jamais sous la même forme tant oser prendre la parole pour dire simplement : »ce n’est peut être pas si simple et si vrai ? » est un acte qui vous rend immédiatement coupable de complicité avec ceux qui sont condamnés sans procès et dont l’image est cependant définitivement dégradée dans l’opinion publique.

Tout cela est triste, et constitue un manque à la justice élémentaire et pour des chrétiens un manque à la présomption de bien qui est le commencement de la charité. Il faut souligner que la présomption de bien qui doit s’appliquer aussi aux victimes supposées, est différente d’une présomption de vrai. C’est un devoir d’entendre les plaignants avec attention et respect, un devoir d’enquêter avec sérieux. Mais la présomption de Bien n’est par une présomption de vrai, ce n’est pas un devoir de considérer , sans autre enquête, sans une parole possible donnée aux accusés, le contenu de ces témoignages comme la pleine expression de la vérité.

LA PERVERSITE D’UN ENSEIGNEMENT :

Le deuxième lieu commun de toutes les accusations est le lien établi entre une soi-disant théorie philosophico-théologico-mystico délirante et les manquement supposés à la chasteté non seulement des pères Thomas et Marie-Dominique Philippe eux-mêmes, mais de l’ensemble des actes indécents et répréhensibles perpétrés par des frères de Saint Jean.

J’ai eu connaissance durant mes années passées au sein de la congrégation saint Jean de plusieurs situations où des frères étaient accusés d’actes contre la chasteté.

Devais je considéré que ces frères étaient à leur tour les victimes d’un enseignement si pernicieux qu’il était capable de transformer l’honnête homme en bête sexuelle sans limite ? Si des frères ont manqué à la chasteté c’est de leur propre responsabilité et c’est l’écho de leurs propres limites. Il n’est pas décent de se décharger sur un autre de sa propre faute.

Pour ma part j’ai été passionné par cet enseignement et en particulier celui de philosophie éthique qui reprenait dans ses grandes lignes l’enseignement d’Aristote. je donne ici l’expérience de nombreuses heures d’écoute et d’étude de cet enseignement tant dans les cours d’éthique que dans les enseignements sur la théologie morale , les conférences spirituelles et du noviciat: je n’ai jamais entendu ou lu à ce propos une seule incitation à laisser aller son désir passionnel, une seule justification mystique de manques à la chasteté.

A tous ceux qui en parlent je demande simplement:  » Avez-vous vraiment lu quelque chose de cet enseignement car cela ne paraît pas immédiatement à la lecture de vos propos ? ».

Je regrette en particulier, vivement que toutes les interventions sur cette question ne citent jamais le père Marie-Dominique Philippe, mais parlent à sa place. J’attends de ceux qui ont ainsi pris la parole de manière inconsidérée que maintenant ils apportent les justifications à leurs allégations en les tirant d’une étude sérieuse, complète de son enseignement et en le citant lui.

Voici mon témoignage, je le fais sans polémique, dans un souci de vérité et de justice. Je ne condamne personne, je m’inscris dans une démarche de débat contradictoire apaisé et respectueuse des fondements de la justice minimum qu’est le droit à un procès équitable.

Par respect autant pour les personnes qui accusent que pour la personne du père Marie-Dominique Philippe engageons nous dans un véritable procès canonique s’il est encore possible pour une personne décédée.

Je vous remercie chère madame, encore une fois pour votre courage, et je reste à votre disposition .

Un ancien frère de Saint Jean.

Lettre ouverte à Mgr d’Ornellas « ami » de Jean Vanier

Le sam. 22 févr. 2020

Monseigneur,

Je présume que vous avez été  bien informé des dernières « révélations » sur Jean Vanier distillées par les responsables de l’Arche qui parlent « de faits qui ont eu lieu jusqu’en 2005 » avec  « des femmes contraintes », etc…

Ces accusations sur Jean Vanier non seulement ne me surprennent pas mais je les attendais. Je vous l’avais même « prédit » lors de notre rencontre à Paris … En effet, cela n’est absolument pas surprenant de voir que parmi les centaines de femmes malades psychologiquement qui ont gravité pendant 40 ans autour du père Thomas et de Jean Vanier (et aussi bien sûr du P. Marie-Dominique Philippe…) , une dizaine en viennent à porter des accusations similaires (on pourrait dire du « copier-coller » !)

Je pense qu’il serait temps de faire une enquête à «  charge et décharge » sur les accusations et les accusatrices non par des « historiens » ( comme l’étudiant en master 1 d’histoire Antoine Mourges) ou par des clercs de bonne foi mais peu spécialisés (comme celle du frère Marcovits o.p…) mais par des experts-psychiatres et par des anciens magistrats instructeur ou des anciens officiers de police judiciaire pour enfin analyser « scientifiquement »  la crédibilité des accusations.

C’est le « combat » auquel je vais m’atteler avec des amis pour au moins voir aboutir cette démarche et si possible avoir un véritable accès à toutes les pièces de l’accusation malgré le secret unilatéral et injustifié qui m’est opposé. ( y compris par le Provincial des Dominicains que j’ai rencontré suite à votre conseil)

Croyez, Monseigneur,  etc…     signé Marie Philippe

Lundi 24 février 2020 :

Monseigneur,

  • Avez-vous pu prendre connaissance de mon message ?
  • Pensez-vous sérieusement que Jean Vanier ait pu être « contaminé » comme par un virus par le Père Thomas  Philippe ?
  • Aurait-il eu besoin d’être « initié » à la sexualité et à « l’abus de faiblesse » par un « maître »  présumé comme le P. Thomas ?
  • Aurait-il eu besoin de faire de la fausse mystique pour se justifier ?
  • Comme laïc, avait-il un statut « d’accompagnateur spirituel » et donc en situation de faire des « abus par autorité »  ?
  • Aurait-il eu la bêtise de laisser des « traces » de ses abus dans des courriers écrits ?
  • A qui profite ce « crime » dont les grand médias font généreusement état  ?
  • Pensez-vous pouvoir accéder à ma demande de faire enfin une enquête sérieuse et vraiment « scientifique » sur cette affaire ?
  • Pouvez-vous enfin SVP annuler depuis le début  cette procédure d’enquête faussement qualifiée de « canonique » et que vous avez confié au P. Marcovits comme je vous l’ai demandé officiellement  en Août 2019 ?
  • Ne pensez-vous pas que tout cela tourne au délire ?

Merci par avance de votre réponse.

————–

Voir mon analyse complète ici .

Attention ! il faut lire la totalité du document et ses annexes pour comprendre ce qui est « en jeu »  .

« Balance » ton frère prêtre !

Comment ne pas vouloir mettre fin aux scandales qui minent régulièrement l’Eglise ? Il faut  bien sûr que cessent les actes criminels de pédophilie et les manquements aux vœux de chasteté des prêtres et religieux ! Ce qui a été mis en place récemment par l’Eglise en France et par le Pape devrait être bénéfique. Mais le « tir à vue » que l’on constate aujourd’hui contre les prêtres est inquiétant. Il fut toujours l’œuvre des « bouffeurs de curés ». Mais, fait nouveau, c’est devenu un vrai sport dans l’Eglise elle-même. C’est à qui sera le plus réactif. Tel évêque renvoi un prêtre dans les 24 h qui suivent le simple dépôt d’une plainte. Tel autre s’empresse de faire un communiqué de presse en jurant qu’il « ne tolèrera rien » et qu’il « ne cachera rien »  car il ne veut surtout pas finir au pilori comme Mgr Barbarin ! La presse catholique n’est pas en reste et ne veut surtout pas louper une « affaire ». Pourtant deux jeunes prêtres français se sont suicidés à quelques semaines d’intervalles en 2018 à la suite de suspicions.

Le 18 juin,  Mgr Cattenoz évêque d’Avignon  a fait la dénonciation d’un père de St Jean (le  P Rouvillois) au Procureur de la République qui, lui, a déclaré que ces faits sont « anciens et qu’ils concernent des personnes majeures fréquentant la communauté ».  La communauté St Jean, sans doute à la suite des investigations de sa « commission sos-abus » l’aurait donc dénoncé à Mgr Cattenoz  en précisant qu’il s’agissait de cas « d’accompagnement de femmes majeures », mais qu’aucune plainte pour abus sexuels n’avait été reçue.  Mgr Cattenoz s’empresse toutefois de faire un communiqué de presse où il affirme avoir fait son «  devoir légal de signalement ». Il dit qu’en faisant  « appel à la responsabilité de tout un chacun et prévu par la Loi pénale française, j’ai déposé un dossier auprès de Monsieur le Procureur de la République d’AVIGNON à telles fins que de droit selon son pouvoir d’appréciation et d’opportunité sur le caractère infractionnel de ces faits » [1]

On peut légitimement s’interroger sur l’opportunité de cette « information » faite par l’évêque d’Avignon qui semble ne pas vouloir lui-même discerner la nature des faits quand il dénonce ce prêtre alors  :

1/  que visiblement,  il n’a pas eu la connaissance lui-même d’un acte criminel avéré ou possible et  qu’il n’a reçu « aucune plainte » de victimes présumées.

2/  qu’il n’y a pas de caractère d’urgence,

3/ qu’il invoque inutilement le « légal » avec « les instructions de Rome »,

4/ que les accusations contre son prêtre sont « indirectes » et qu’aucun mineur n’est en cause,

5/ et surtout qu’il n’avait aucune obligation de faire un communiqué de presse pour donner une large publicité à cette « affaire » et donc jeter un opprobre sur ce prêtre !

Il est enfin à craindre qu’un éventuel « classement sans suite » de l’affaire dans quelques mois ne fasse pas la même notoriété que la dénonciation et ne suffise pas pour rétablir ce prêtre dans sa fonction et sa crédibilité dans un nouveau ministère.

Certes le motu proprio « VOS ESTIS LUX MUNDI » du pape en date du 7 mai 2019 [2] fait obligation à l’évêque de dénoncer les « abus sexuels ». Mais cela doit se faire dans des conditions très précises. Il concerne les actes criminels (c’est-à-dire relevant le plus souvent d’une Cour d’Assises pour ce qui est du droit Français) comme des actes de pédophilie, pédopornographie ou de viol (art 1) . Il doit se faire après enquête, selon les règles de droits (art 3) et  doit être couvert par le secret ou au moins par “la stricte confidentialité au sens du CDC canon 471” (art 2.2). Ce qui exclut donc les publicités qui seraient faites par les autorités cléricales par voie de presse ou autre…  (interviews, communiqué, internet, etc…)

Enfin il faut rappeler que selon le canon 1717, l’évêque doit faire « une enquête prudente » et doit « veiller à ce que cette enquête ne compromette la réputation de quiconque » ! L’application à tout va d’un « principe de précaution » mal compris n’est donc pas demandée par l’Eglise qui ne souhaite pas s’affranchir des règles élémentaires de droit.

Dans ces matières difficiles il ne faut pas hésiter à inviter les hommes d’Eglise à se placer sur le terrain des règles du droit, et de faire preuve de discernement et d’analyse. Une attitude de «bienveillance» , de compassion et d’écoute à l’égard des victimes présumées ne suffit pas et n’autorise pas de s’affranchir de la justice.

On ne peut que recommander aux clercs en charge de responsabilités, la lecture de l’article de l’Abbé Bernard du Puy-Montbrun, (Doyen émérite de la Faculté de droit canonique , Docteur en droit canonique) : «Agressions sexuelles : que les évêques appliquent  le droit canonique »[3] qui ne manque pas de conclure que « c’est ce que demande le bon sens des normes canoniques et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi contre la peur ambiante et mortifère amenant les évêques à «se substituer aux victimes», qui ne sont pas toujours de véritables victimes, malgré les apparences émotionnelles. »

Rappelons enfin qu’en France, entre 2017 et 2018, 211 victimes se sont manifestées au niveau national, et 75 cas, en majorité des faits commis avant 2000, ont fait l’objet d’un signalement auprès du procureur compétent. Sur la même période, 129 clercs, prêtres et diacres, ont été mis en cause, c’est-à-dire visés par un témoignage, selon le rapport de l’Eglise catholique, Lutter contre la pédophilie. Sur cette même période, 10 “seulement” ont été mis en examen.[4]  10 sur 129, cela fait moins de 8 % de mises en examen après signalement et encore moins in fine de possibles condamnations. Même si on prend en compte des classements du fait de la prescription, ce faible taux de plaintes sérieuses nous donne une idée de la facilité avec laquelle une dénonciation peut être faite dans le climat actuel …

Marie Philippe (28 Novembre 2019)                                PDF de l’article

[1] Sans doute fait-il allusion à travers cette « explication juridique » à l’Article 434-1 du code pénal  qui condamne  » Le fait, pour quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Sont exceptés des dispositions qui précèdent, sauf en ce qui concerne les crimes commis sur les mineurs :

1° Les parents en ligne directe et leurs conjoints, ainsi que les frères et soeurs et leurs conjoints, de l’auteur ou du complice du crime ;

2° Le conjoint de l’auteur ou du complice du crime, ou la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui.

Sont également exceptées des dispositions du premier alinéa les personnes astreintes au secret dans les conditions prévues par l’article 226-13.

[2] http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/motu_proprio/documents/papa-francesco-motu-proprio-20190507_vos-estis-lux-mundi.html

[3] https://srp-presse.fr/wp-content/uploads/2019/01/srp_canonique.pdf

[4] https://www.bfmtv.com/police-justice/abus-sexuels-dans-l-eglise-a-paris-trois-signalements-a-la-justice-depuis-septembre-1814032.html

Analyse du rapport de la “Commission sos abus” de St Jean

Ce rapport (qui est public) est important dans ce dossier car le gouvernement des frères de st Jean s’appuie sur celui-ci pour justifier les dernières condamnations du père Marie-Dominique Philippe. Il fait un “constat des cas traités” à propos des abus commis par des frères de St Jean et veut en analyser les causes. 27 frères sont concernés. Ce chiffre est élevé et à juste titre préoccupant pour une communauté religieuse composée essentiellement de prêtres. Les victimes sont, elles, en droit d’être écoutées et de demander des correctifs sérieux . Mais la défense des victimes ne doit pas se
faire sur des contre-vérités ou des dénis de réalité qui ne peuvent pas conduire à approcher de la vérité et donc qui ne contribuent pas à leur reconstruction.
Cette commission s’apparente à une juridiction interne puisqu’elle “instruit” les plaintes, entend les auteurs des abus et propose des sanctions pénales au Prieur. Ce n’est pourtant pas une instance prévue par le droit canon et des questions se posent :

  • Les auditions sont-elles contradictoires ?
  • Ont- elles une valeur canonique ?
  • Il y a-t-il eu des confrontations entre les plaignantes et les prévenus ?

Aucune précision ou garantie n’est donnée sur les procédures en place et sur le sort des dossiers individuels traités par cette commission…
Il y a toutefois une petite statistique qui nous interpelle : 77 % des cas se situent après 2001 (p5). Rappelons que le Père MDP est mort en 2006 à l’âge de 94 ans et n’avait donc plus aucune responsabilité de gouvernement depuis 2001. Donc seul 23% des 32 “cas” de 27 frères pourraient relever de la responsabilité du p MDP. Notons aussi que le nombre de frères étant en décroissance depuis 2001, la proportion relative des frères ayant commis des d’abus après 2001 serait plus importante.
Aussi en toute logique, la grande majorité des abus commis par les frères dont il est question ne devrait donc pas être imputable au gouvernement passé du p. MDP. Pourtant le rapport pointe surtout le père Philippe qui est devenu le bouc-émissaire de toutes les perversités tant homosexuelles qu’hétérosexuelles de certains frères de cette communauté.
Il frappant de voir à la lecture de ce rapport, les nombreuses affirmations péremptoires rapportées en l’état sans la moindre distance et prudence quand il s’agit d’accusations contre le p MDP. Les faits et chiffres avancés ne permettent pas en fait de se rendre compte vraiment de la situation. Par exemple, au fil de la lecture des verbatims, on ne sait pas s’il s’agit de témoignages de victimes ou bien de “témoignages” de frères. Quand un abuseur présumé parle, il faudrait dans ce cas parler d’aveux ou bien de dénégation. Ainsi le rapport ne donne pas la proportion de frères ayant avoué tout ou partie
des faits reprochés par la victime et des frères ayant niés en bloc. Des frères avouant des faits peuvent chercher à se justifier et donc rejeter une partie de la responsabilité de leurs actes sur des hésitations, des “silences” ou des actes de miséricorde incompris ou trop fréquents du p MDP. Car dans tout tribunal , il est constant de voir la plupart des prévenus face à leurs juges, rechercher “naturellement” à minimiser leurs actes et à faire porter une part de leur responsabilité sur des “initiateurs” dans le but
de faire endosser par d’autres une responsabilité et ainsi tenter de diminuer la rigueur de leurs futures peines. La commission s’étonne pourtant de voir les auteurs dire avoir été guidés par la “bonne intention”, “l’amitié”, et par la justification (invérifiable !) des actes en question “qu’aurait fait le p. MDP” de son vivant à toute une chaîne hiérarchique d’abuseurs …

Aucun terme au mode conditionnel n’est employé dans le rapport où tout est défini comme “crédible” avec des propos vagues comme : « Une victime qui parle à d’autres victimes a dit que… »ou bien “nous avons entendu parlé de tentations et des tentatives de suicides”.
Aussi les accusations contre le père Philippe “tombent” comme une évidence :

● “Un formateur qui embrassait un frère sur la bouche à été confirmé par le p MDP”
● “Un frère à mis un mot SOS au père Philippe” qui n’aurait donc pas de réponse (?)
● Le père à dit a deux femmes victimes d’un frère “de prier et faire miséricorde”
● Le père à dit à un frère abuseur “oui si vous y trouvez votre repos et si cela peut être discret “
● Ou bien “deux frères ont témoigné de gestes contre la chasteté du père MD Philippe à leur égard. Un frère nous a dit que le pere Philippe l’avait embrassé sur la bouche et un autre qu’il avait pris sa main pour lui faire toucher son sexe par dessus l’habit “ (p10) . On peut s’étonner légitimement de cette “nouveauté” ! Cette accusation d’homosexualité (donc de bi-sexualité) du MDP est grotesque et décrédibilise la totalité du “rapport” . Rappelons qu’à l’origine les accusations étaient reconnues “crédibles” parce que “convergentes” et vers les femmes uniquement.
Une cause des abus serait « l’idéologie » de la communauté et “l’influence idéologique qui met en avant l’intention au détriment de l’objectivité”. Ce terme étonnant est employé deux fois comme si le fondateur pouvait être à l’origine d’une « idéologie » et de celle-ci en particulier…
Bien sûr, la rhétorique sur l’enseignement philosophique perverti sur “l’amour d’amitié” (l’influence d’Aristote ! ) revient en boucle comme une des causes de tous les maux . “Il faut lutter contre cette “transmission inconsciente” de ces comportements d’abus dans la communauté” dit encore le rapport. Ce qui est contradictoire avec le fait évident qu’un enseignement ne fait pas appel à l’inconscient …
“L’abus engendre l’abus” … et on recherche ainsi la cause première qui est encore le père MDP qui aurait eu “une affectivité déviante” et un enseignement qui a “engendré ou permis les abus”. C’est la thèse développée entre autres par Sophie Ducrey dans son livre ”Etouffée” et à la radio RCF le 30 sept 2019 où elle affirme que les abus à St Jean proviendraient d’un “système fomenté par le haut”.
Le paragraphe sur « Les structures d’abus » (p9) est assez éclairant sur le procédé qui vise in fine à mettre une grande part de la responsabilité des abus sur le fondateur puisque “l’ensemble des cas relève des relations entre les abus” . Il y aurait eu comme un “mot d’ordre” dans une structure par essence perverse. “Les structures d’abus” se retrouveraient aussi dans un excès de miséricorde qui n’objectivise pas la faute, un laxisme sur les questions de morale sexuelle, un défaut de formation à la psychologie (dont l’objet n’est pas en général de prévenir les abus …) et de discernement dans les
vocations. Comme si ces faiblesses congénitales de la Communauté St Jean étaient le fait du seul fondateur qui aurait été l’autocrate d’une secte pendant plus de 40 ans ! Notons au passage qu’on retrouve ces problèmes dans bien d’autres communautés.
Pour parfaire cette accusation, le rapport souligne l’implication de “5 proches collaborateurs du P Philippe qui font partie des auteurs des abus les plus graves “. Donc, c’est nécessairement le fondateur qui en serait la cause …
Mais le rapport ne fait pas mention du rôle et donc la responsabilité évidente des autres frères « aux commandes” de la congrégation :
● 33 autres frères du gouvernement,
● 24 maîtres de novices,
● 7 Maîtres de profès
● et des 40 prieurs de maison de formation (chiffres de St Jean cf note p. 6)
● et nombre de professeurs
qui participèrent

○ aux discernements des vocations,
○ à la direction spirituelle,
○ et à la formation (ou non-formation) des frères coupables d’abus.

Droit de réponse aux frères de St Jean

In english : the Respone to chapter

Les frères de St Jean ont communiqué le  5 novembre 2019 un «  message final de la seconde session du Chapitre général » mettant en cause la réputation de la famille Philippe par une série d’assertions.  En qualité de nièce, j’ai demandé à user de mon «droit de réponse» juridiquement reconnu en mon nom personnel et au nom de ma famille sur des accusations sans preuve qui remontent à … 1952 ! A ce jour, les frères n’ont pas daigné accéder à ma demande…

La famille des Pères Philippe apporte donc certaines précisions :

1/ Ce texte largement diffusé « révèle » pour la première fois que le  Père  Marie-Dominique Philippe aurait eu l’interdiction par “Rome” d’enseigner, prêcher et confesser des religieuses… pendant de 2 ans. Cette décision assez surprenante lui aurait fait interdiction (d’après les Dominicains) “d’enseigner la spiritualité,  mais pas la métaphyse” . Le père aurait été ainsi « jugé gravement complice des agissements de son frère » (et donc qu’il serait la cause et à l’origine des abus des frères de St Jean de 1980 à ce jour… ). Cette dénonciation récente  qui provient des Frères Dominicains (province de France) est divulguée sans autres détails utiles alors que rien en indique la cause et qu’il n’y avait pas de nécessité d’atteindre à la réputation d’un clerc défunt en distillant de façon très partielle une mesure qui doit en principe être couverte par le secret canonique (canon 487 et s)  surtout quand il s’agit d’un défunt (cf canon 489 § 2). 

2/ Le Père Thomas Philippe fut certes privé par l’Ordre des Dominicains de tout ministère public de 1952 à  décembre 1963. Il aurait été ainsi « condamné » par le Saint-Office en 1956 à ne plus célébrer l’Eucharistie mais « seulement » pendant 1 an et 5 mois. On ignore encore les motifs exacts de sa condamnation en raison du secret pontifical. Aussi ses activités sacerdotales ne furent pas « reprises en  toute impunité » comme le dit le journal La Croix le 5 novembre, mais avec l’accord tacite de ses supérieurs et de l’Ordinaire du lieu. Notons que l’isolement durable du père Thomas qu’il accepta dans l’obéissance totale à l’Église, affecta beaucoup sa santé physique et psychologique (cf rapport de XLP  à l’Arche et surtout la « lettre à Mgr Desmazieres »)

4/ Contrairement à ce que dit le Chapitre,  Mère Cécile Philippe, (qui fut certes relevée de sa charge de Prieure du Monastère de Bouvines en 1956), ne fut jamais « reconnue ayant eu une  responsabilité  dans les agissements du père Thomas » ! Et on ignore enfin de quoi fut accusé le Père Dehau … 

5/ Un amalgame pernicieux est fait par le chapitre entre les nombreux abus commis et avérés par des frères de la communauté (27) jusqu’à ce jour et ceux  « attribués » au Père Marie-Dominique il y a plus de 30, 40 ou 50 ans ! Ce rapprochement est de nature à créer des confusions chez un lecteur peu averti.

6/ Jean Vanier qui a connu Le Père Thomas à l’Eau Vive en 1950, est resté en lien avec lui sans discontinuité, puis est venu le rejoindre à Trosly-Breuil  dans l’Oise pour fonder l’Arche en 1964 avec son appui spirituel. Jean Vanier savait parfaitement qu’il avait  été « condamné » par Rome en 1956 … Si donc Jean Vanier a « pris le risque » de prendre le Père Thomas comme directeur spirituel, c’est bien parce qu’il a certainement estimé que les causes principales de cette condamnation  n’étaient pas de nature à entacher son rayonnement spirituel et sacerdotal. Dans le cas contraire, Jean Vanier n’aurait jamais « pris le risque » de l’avoir comme son directeur spirituel et aumônier de cette nouvelle communauté. Les correspondances entre Journet et Maritain qui sont trop souvent mises en avant ne prouvent rien (voir la note sur ces  « pièces à convictions « )

On peut consulter une source de l’Arche (bien documentée malgré des approximations) et aussi des pièces importantes du dossier  pour se faire une idée plus précise du contexte.

En conclusion de ce « déballage » étonnant et pour le moins emprunt de peu d’a priori favorable , le chapitre voudrait maintenant « mettre un terme à une dérive d’au moins 70 ans  » ! Le Prieur Général dans un entretien à Famille Chrétienne concède ne pas comprendre comment cette communauté aurait été autorisée par l’Eglise et par ceux qui « étaient au courant sur le père ». « Nous n’en savons rien pour l’instant » dit-il.

C’est une chose bien étrange de voir cette communauté honnir maintenant, et de cette façon, son fondateur qui a pourtant reçu depuis le début l’appui de son Ordre, des Dicastères Romains,  de nombreux évêques en France, de Marthe Robin et même en 1980 de St Jean-Paul II lui-même….

Marie PHILIPPE (Version revue et corrigée du  25 novembre 2019)

voir aussi :

jpii-pmdp-pthomas-01-1984

Saint Jean-Paul II en 1984 avec Marie-Dominique, Thomas Philippe et Jean Vanier

Enfin, un diocèse qui ne « s’improvise » pas enquêteur !

Selon la croix du 5 septembre, le procureur de la République de Paris Rémy Heitz et l’archevêque Mgr Michel Aupetit ont signé jeudi 5 septembre un protocole d’accord au sujet des « abus ». Ce protocole est établi sur le modèle de ce qui existe déjà avec d’autres institutions comme l’éducation nationale ou l’APHP. Il prévoit que toutes les dénonciations d’infractions sexuelles – sur mineurs ou majeurs – faites au diocèse et « paraissant vraisemblables », seront transmises de manière systématique au parquet. Et ce, même si la victime n’a pas porté plainte.

Si les évêques sont déjà tenus par la loi française à l’obligation de signalement (article 434-3 du code pénal), il restait toutefois des zones grises. En particulier lorsque, la victime n’ayant pas porté plainte, le diocèse n’avait que des témoignages indirects ou flous. Une enquête interne était alors menée avant un éventuel signalement et la mise en place de mesures conservatoires nécessaires…

« Nous n’avons pas les moyens de la police pour enquêter, dit  Mgr Aupetit. Comme évêque de Nanterre, j’avais vu en collaborant avec la justice que nous obtenions des résultats beaucoup plus rapides, plus sûrs et plus respectueux des personnes, pour prendre la décision la plus adéquate ».

Alors que deux prêtres se sont suicidés l’an dernier à la suite d’un communiqué diocésain annonçant des mesures conservatoires, l’archevêque a reconnu que « parfois nous avons pris des mesures inopportunes », en cherchant à protéger tant la victime présumée que l’agresseur présumé, et notamment dans le cas de prêtres dont le nom a été rendu public trop vite, conduisant à les « désigner comme coupables dans l’opinion publique ».

Concrètement le diocèse n’aura plus à mener d’enquête interne. Il reviendra au parquet de « caractériser s’il y a lieu, les infractions qui auraient pu être commises ou, à l’inverse, de lever les doutes subsistants ». Les mesures conservatoires seront ensuite appliquées « après retour des premières investigations par des professionnels ». Le parquet s’est du reste engagé à « mener rapidement et discrètement ces enquêtes ».

Le procureur de la République, souhaite « ne pas laisser l’Église seule face à l’appréciation de situations compliquées » … «  Ce n’est pas à l’Église de déterminer si les faits sont prescrits. La justice est là pour faire la part des choses ».

En vertu de l’accord, et contrairement à ce qui se fait actuellement, le diocèse sera en outre informé des suites données par la justice française. Ce qui pourra « éclairer une éventuelle suite canonique », précise Mgr Aupetit. Le parquet communiquera le cas échéant les motivations du classement sans suite, mais il ne prévoit pas, en revanche, de transmettre le contenu de l’enquête au tribunal ecclésiastique.

Nous pouvons dire « Merci » à Mgr Aupetit d’avoir montré la voie de la sagesse quelques jours après que Mgr Catennoz  ait « balancé » un prêtre à la vindicte de la presse par un communiqué de presse assez déplacé …

Ne pas s’improviser enquêteur ou juge d’instruction ! C’est bien ce que j’avais demandé dès le début dans ma contre-enquête à la suite des affirmations du Prieur de St Jean ( page 10 du ficher PDF ) ou du Pere Marcovits ( p 5)

 

Note sur l’érotomanie probable des plaignantes

Il ne faut pas confondre l’érotomanie avec la nymphomanie qui le besoin maladif  et compulsif pour une femme d’avoir des rapports sexuels. L’érotomanie dans sa forme la plus classique ( cf Dr Laforgue) est un état passionnel qui se rencontre chez une femme ou jeune femme célibataire (dans environ 80-90 % des cas). Il se déroule en trois phases :

  • la phase d’espoir: la plus longue, où le malade espère que l’être aimé va se déclarer ouvertement. La plupart du temps, l’érotomane reste fixé, névrotique, à cette phase ;
  • la phase de dépit: la personne malade peut alors sombrer dans la dépression ; elle devient plus agressive ;
  • la phase de rancune: l’agressivité se tourne vers la personne aimée.

Cette phase de rancune expliquerait que ce furent les femmes les plus « accrochées » aux pères Thomas et/ou  Marie-Dominique  qui se sont retournées contre eux dans leurs accusations post mortem.

J’ai trouvé une description très ressemblante de la principale plaignante dans une recension  d’un ouvrage du psychanalyste italien Luigi Zoja «  Paranoïa, la folie qui fait l’histoire » (Les Belles Lettres, 540 p.)

Goût pour l’affabulation ou tendance plus ou moins marquée à voir des ennemis partout, divagation induite par la jalousie ou l’érotomanie (conviction qu’on est aimé par une personnalité célèbre), folie des grandeurs ou maladie mentale, la paranoïa a de multiples formes et degrés. L’American Heritage Stedman’s Medical Dictionary la définit ainsi : «1. Un trouble psychotique caractérisé par des délires systématiques, majoritairement de persécution ou de supériorité, en l’absence d’autres troubles de la personnalité. 2. Une forme extrême et irrationnelle de méfiance à l’égard des autres». Mais presque tous les manuels de psychiatrie précisent que le paranoïaque possède «une faculté de réflexion remarquable, [qui] n’empêche pas sa foi dans le contenu des idées délirantes» (Karl Jaspers), et que «le diagnostic de la paranoïa n’est pas toujours évident», dans la mesure où «les malades savent quelles réflexions sont considérées comme pathologiques et sont capables de les dissimuler ou les atténuer de manière à trouver des gens prêts à jurer qu’ils sont sains d’esprit» (Eugen Bleuler). Pathologie difficile à cerner, donc. «Construction logique bâtie à partir d’un noyau délirant et d’un postulat de base falsifié», elle autorise que l’on puisse «discuter avec un paranoïaque de la partie logique de sa pensée», aussi longtemps du moins qu’est tenu caché le «noyau central», lequel «ne souffre aucune discussion» puisqu’il relève d’une condition que le sujet «exige pour vivre», ou d’une «vérité» qui «ne demande aucune justification mais qui justifie tout». A l’origine de la paranoïa – «tromperie originelle dont le sujet est l’auteur et la victime» – se trouve sans doute une indicible souffrance, ou en tout cas une solitude, «brisée par le fantasme d’être au centre de l’intérêt de tous» ou de se sentir l’objet de toutes les malveillances : elle s’accompagne de mégalomanie, d’envie, de jalousie, de suspicion, quand elle ne débouche pas, dans les formes graves, sur un «syndrome d’encerclement et la conviction d’être victime d’un complot», d’une persécution.

https://next.liberation.fr/livres/2018/06/27/paranoia-le-corps-du-delire_1662376

Il serait intéressant de creuser la piste d’une forme spécifique de ce dérangement psychologique que l’on retrouve chez au moins trois plaignantes que j’ai pu identifier et « analyser » mais hélas qu’assez sommairement.

Jonckheere relève cinq mécanismes fondamentaux à la genèse de l’érotomanie :

  1. Le mécanisme compensatoire : à la solitude, par exemple chez les célibataires âgées.
  2. Le mécanisme conjuratoire : rendant possible la réalisation d’une relation hétérosexuelle imaginaire et dépourvue de danger et de culpabilité (phases érotomaniaques chez les schizophrènes).
  3. L’érotomanie de revendication,
  4. L’érotomanie venant nier une homosexualité latente.
  5. L’érotomanie de négation psychotique, protégeant des angoisses de néantisation par un délire assurant un « minimum contre l’insécurité ontologique fondamentale » déclenchée par un préjudice réel » chez des sujets présentant déjà une morbidité psychiatrique.

THESE de Doctorat pour le DES de Psychiatrie par Edouard-Jules LAFORGUE page 74

http://psyfontevraud.free.fr/theses/LAFORGUE-Erotomanie-2014.pdf

 

 

 

Agressions sexuelles : que les évêques appliquent le droit canonique !

Nous invitons nos lecteurs à lire l’article intégral de l’Abbé Bernard du Puy-Montbrun
Doyen émérite de la Faculté de droit canonique (Ict)
Docteur en droit canonique et Diplômé en Sciences criminelles
Avocat ecclésiastique près l’Officialité Interdiocésaine de Toulouse

https://srp-presse.fr/index.php/2019/01/25/agressions-sexuelles-que-les-eveques-appliquent-le-droit-canonique/

en pdf :

Que les eveques appliquent le droit canonique