Encore des fondateurs dans la tourmente

 Pour qui sonne le glas ?  Elisabeth DEHAU, le 25 juin 2020

Une nouvelle « révélation » sur des abus sexuels est encore tombée début Mai 2020. Le père Finet, fondateur des Foyers de Charité et directeur spirituel de la mystique Marthe Robin (morte en odeur de sainteté en 1981 et déclarée Vénérable par l’Eglise en l’attente d’un procès en Béatification) est accusé par le père modérateur de cette communauté d’avoir eu des « gestes abusifs » à l’encontre de jeunes filles et cela 30 ans après sa mort et 50 à 75 ans après les faits présumés.

Apres la mise en cause des pères Marie Dominique et Thomas Philippe, de Jean Vanier, des pères André-Marie van Der Borght, ou Pierre-Marie Delfieux (Communauté monastique de Jérusalem), on retrouve à peu près le même scénario avec comme une impression de « copié-collé » : une complainte ou une rumeur, une commission d’enquête « indépendante » désignée par les communautés, des faits relatés à demi-mots, des victimes anonymes et imprécises, pas de contradiction possible (et pour cause …), pas de contre-enquête de nature judiciaire ou psychiatrique… Mais la caution d’un psychologue anonyme ou inconnu, une bénédiction épiscopale pour la « démarche de vérité », et pour couronner l’ensemble, on peut trouver la caution d’un dicastère romain, etc… Puis une accusation tombe, implacable, sans débat, sans appel. Elle est faite par voie de presse par les autorités de la communauté contre le fondateur. Ceux qui émettent des doutes ou demandent des éléments plus probants sont accusés d’aggraver la souffrance des victimes.

Puis les médias, sans hésitation abondent à commencer par ceux qui donnent les leçons de morale habituelle à l’Eglise (le Monde, Libération, la télé, etc…) ; Puis les médias catholiques comme la Vie, KTO, La Croix ne sont pas en reste. On lit par exemple sous la plume de Samuel Pruvot de Famille Chrétienne que le père Finet « a commis de nombreux abus sur des mineures âgées de 10 à 14 ans détournant le sacrement de la confession », « les fondateurs n’étaient pas tous des gens recommandables … Les dehors de la sainteté peuvent cacher, au-dedans, de terribles turpitudes » poursuit-il, « Abus spirituels et abus sexuels se conjuguent avec une affreuse logique, etc… ». Il s’agit de « révélations » dit-il sans hésiter !

Pourtant avec cette énième affaire mettant encore en cause une personnalité comme le père Finet, on sent poindre chez les commentateurs comme un doute, une hésitation. Ainsi Aline Lizotte dans son blog relève « un amateurisme 1psychologisant inquiétant que l’on retrouve souvent dans des pseudo-enquêtes dans l’Église », « N’est-ce pas une conclusion sans doute hâtive et surtout interprétative ? », « Nous ne savons rien de la manière dont l’enquête a été menée auprès des 14 femmes qui ont bien voulu témoigner et dire ce qu’elles ont voulu dire. Mais qu’ont-elles dit ? Nous n’en savons rien ! Nous ne savons rien de l’expertise des écoutants. », puis de conclure « Quelle histoire est-on en train de vouloir nous faire avaler ? »

Pourtant Mme Lizotte se montrait plus péremptoire quand elle fustigeait sans hésiter une autre figure accusée elle aussi par sa communauté : Jean Vanier. Et avant lui le p. Marie-Dominique Philippe. Elle exaltait dans son réquisitoire contre lui le « professionnalisme » du rapport de synthèse rendu public par L’Arche. Puis elle expliquait de façon confuse que le « jeune Jean Vanier » aurait été trompé par une conception dévoyée de la sexualité par le père Thomas Philippe et par le contexte de l’époque (théologique, médical, et philosophique, etc…). Elle se lance alors dans une explication sur l’importance soit disant mal comprise par beaucoup de l’aspect unitif de la sexualité qui serait à la base des déviances reprochées. « Jean se trompe, et il se trompe lourdement ! » affirme-t-elle tranchante ! Des accusations gratuites alors que jamais personne n’a entendu Jean Vanier émettre le moindre acquiescement aux théories dont parle Mme Lizotte … C’est une pure affabulation que je vous invite à découvrir directement ici.

Autre signe des temps : Mme Céline Hoyeau Journaliste du journal la Croix et « spécialiste » des abus donne enfin il y a quelques jours la parole à un canoniste, le P. du Puy-Montbrun qui rappelle que « La valorisation actuelle de prétendues victimes fait qu’elles ont raison, et celui qui est dénoncé est d’emblée coupable et voué à la mort sociale. Or une accusation ne fait pas en soi une culpabilité. »2. D’autres voix de canonistes comme celles de l’abbé Fontelle commencent à s’élever contre ces déballages faits hors de tout contrôle et toute prudence.

Plus intéressant encore est le revirement spectaculaire du Journal Golias qui est toujours à la pointe du combat contre l’Eglise-Institution, la vie religieuse, le célibat sacerdotal, la théologie scolastique, le mariage chrétien, le respect de la Vie, etc…

Dans Golias Hebdo N° 6235 du 27 mai , l’auteur veut « inviter à la réflexion » en relevant « les approximations du rapport ». Il commence par affirmer que « Georges Finet, trente ans après sa mort, dérangeait. On le ressort et on lui fait un mauvais procès. Une commission, sans aucun fondement légal ni canonique, reçoit la mission de collecter les témoignages sur des abus qu’il aurait pu commettre. » (…) « Tout devient évident : les investigations de la Commission menées seulement à charge ; l’ignorance sur les noms de ses membres hormis celui de la présidente, Mme Gaussen la minimisation des dizaines de témoignages favorables, en les stigmatisant d’être dans le déni ou la reconnaissance ; l’absence d’évaluation critique des abus : l’oubli de la famille Finet, seule habilitée à défendre la mémoire de son oncle. Il devient impossible de penser que le sort de Georges Finet, comme on peut le lire dans La Croix, n’avait pas été décidé à l’avance. On décrit même le « mode opératoire », mots chargés s’il en est d’un prédateur pervers qui passait son temps à effeuiller des adolescentes dans le dos de Marthe Robin et des nombreux membres du Foyer. Les interviews à KTO et sur YouTube étaient enregistrées pour le Jour J. Une machine de com terriblement efficace destinée à faire passer l’actuel responsable des Foyers pour le sauveur de la communauté face à un monstre enfin découvert post mortem ».

Golias n’est certes pas une référence que l’on peut suivre, mais cette insolente revue rappelle souvent combien les hommes d’église peuvent avoir entre eux de la jalousie, de la rivalité et de l’inimitié ! Sans aller chercher la théorie du complot qu’il y a en trame dans cet article, il est clair que les enjeux doctrinaux et les rivalités chez nos “bons Pères” peuvent se réveiller facilement à l’occasion d’accusations scandaleuses pour continuer des règlements de comptes sanglants débutés il y a des décennies.

Les accusations sont-elles pertinentes ?

Pour un rationaliste peu au fait de la vie spirituelle, des accusations portées par une femme (ou un homme !) qui se dit victime d’abus sont en toute logique plausibles. Toutefois un homme de bonne volonté ayant encore de l’honnêteté intellectuelle ne négligerait pas l’approche psychiatrique s’il voulait parvenir à entrevoir le plus possible la vérité. Enfin on peut s’interroger sur l’anonymat systématiquement accordé aux plaignantes. Ce qui est en fait une porte ouverte et un encouragement à l’outrance, à la diffamation ou à l’auto-valorisation de personnes grisées à l’idée de voir leurs problèmes médiatisés.

Pour les chrétiens que nous sommes (et à fortiori pour les clercs), il convient de se souvenir que notre Foi nous enseigne que Satan est à l’œuvre dans le monde et recherche notre chute. Marthe Robin est probablement la mystique du 20ème siècle qui a subit le plus d’attaques du démon. Elle a fait fleurir en France par son sacrifice et sa médiation de nombreuses œuvres dont la Communauté St Jean, l’Arche, les Foyers de charité, etc… Il n’est donc pas étonnant de voir ces œuvres attaquées. Il est clair que les “révélations” des actes présumés coupables des fondateurs de ces communautés ne sont certainement pas de nature à favoriser leur rayonnement dans le futur. Il est très probable qu’elles ne s’en relèveront pas. Cela affaiblit davantage toute l’Eglise sans exception. Au point où nous en sommes, on “balance tout” et on n’hésite plus à mettre dans le même sac les pères Finet et Preynat. Cécile Hoyeau dans la Croix relève justement que le procès de béatification de Marthe Robin (qui peut-être “savait” avance-t-elle quand même …) sera sans doute ajourné « pendant des années ».

Il est bien évident que les personnalités accusées n’avaient pas du tout le « profil » d’abuseurs, de pervers, de manipulateurs, de gourous, de pédo-criminels, de violeurs, d’attoucheurs, etc… Alors comment expliquer ces nombreuses accusations? Et d’aussi graves ? Les plaignantes ont-elles conscience de la gravité objective de leurs accusations ? On peut en douter car elles pensent probablement subjectivement “bien faire” et sont sûres d’avoir subi ces « actes ». L’analyse psychologique des rares témoignages écrits dont on dispose par la presse le montre bien mais ces accusations ne sont pas crédibles pour autant. Il est par contre hautement probable que ces plaignantes sont elles-mêmes surtout victimes de « l’esprit du mal » qui leur a inspiré cette “relecture” de leur passé. Le démon est à l’œuvre dans le monde et personne n’échappe à ses inspirations mauvaises. Aussi pourquoi en seraient-elles préservées ? Une main posée sur un genou ou dans le dos il y 30 ans, lors d’une confession un peu intrusive ou d’un entretien spirituel mal compris (surtout si cela avait lieu dans une chambre après 21h …) peut conduire une personne ayant une prédisposition à des problèmes psychiques, à vouloir complètement revisiter et amplifier ces moments par un facteur 10 ou 100 avec l’aide et l’inspiration du démon ! Elle découvre ainsi à travers le prisme de ses blessures une intention perverse là où il n’y avait objectivement pratiquement rien.

Pourquoi les hommes d’Eglise n’envisagent-il pas un instant que ces plaignantes puissent avoir été manipulées par l’esprit des ténèbres ? Jusqu’où ira l’auto-démolition de l’Église ? C’est là un grand mystère. Même Mgr de Moulins-Beaufort n’envisage pas non plus cette hypothèse « spirituelle » quand il évoque clairement cette question lors de la dernière assemblée de la CEF le 9 juin 2020 en y donnant déjà sa réponse : « Nous avons décidé de travailler théologiquement et spirituellement le mystère d’iniquité qui fait qu’un arbre qui porte de bons fruits apparents puisse avoir une racine perverse et produire des fruits mauvais plus cachés ». Pour lui et tant d’autres chrétiens la cause est déjà entendue.

Aussi les fruits du père Finet et par voie de conséquences ceux de Marthe Robin ne seraient bons que dans l’apparence mais « mauvais » de façon plus cachés avec une racine perverse.

Nous n’avons pas encore touché le fond …

« La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi »  John Donne — Devotions upon Emergent Occasions, 1624

1 https://srp-presse.fr/index.php/author/aline-lizotte/

2 La Croix, Vendredi 29 mai 2020 : Est-il justifié, dans l’Eglise, d’enquêter sur des morts ? – https://journal.la-croix.com/share/article/1eef4559-f186-422b-8426-2a850a29a3dd/8e718376-93b6-4b30-8ecd-bcf0953c0206

 

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